La phase du non et la bienveillance

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Ca commence un matin, comme ça, sans prévenir. Et c’est vicieux à souhait !

Jour 1: les garçons ? venez mettre vos manteaux qu’on sorte faire quelques courses et … NONNNNN en coeur… Ok souffle…
Jour 2 : les garçons ? on range le salon et après on … NOOOONNNN en coeur … déjà là tu le sens mal…
Jour 3 : Damien est ce que tu … NONNNN ! Mathias ? NANN !

Ok. C’est officiellement officiel. La Phase du Non est là. Bon en même temps ils ont 32 mois, fallait bien que ça arrive un jour. La phase du non c’est à la période des 2-3 ans ce que Space Mountain est à Eurodisney. Tu sais que tu vas y passer, t’as pas le choix (et eux non plus). Donc c’est forcément une épreuve où ta bienveillance se cristallise et où il faut trouver des solutions !

Finis les bébés que tu transportais comme une mère lionne d’une pièce à l’autre, l’un après l’autre, gazouillant sur leurs petits tapis avec 3 jouets pour les occuper ! Maintenant ça s’exprime ! Ca a des opinions steuplé ! Ca croise les bras, ça tape du pied, ça fait la mou et dans le pire des cas, ça se roule par terre en hurlant (mais ça, ça n’arrive que dans les magasins quand y a plein de monde, sinon c’est pas marrant…).

Bon les miens (oui ils sont à moi niark niark niark) sont pas trop roulages par terre. Pour l’instant, je me laisse une marge de progression. Par contre l’expression des opinions t’inquiète qu’ils se sont spécialisés ! Bac option « on a des trucs à dire ». Surtout sur : combien de gâteau on mange par jour et quand est ce qu’on range le salon. Je te parle même pas d’aller se coucher, ça c’est même plus une revendication, c’est passé au stade cahier des doléances du tiers état. Ca veut un bib au chocolat puis finalement non, plutôt un bib sans chocolat puis finalement … » tu le finis ton bib ?? naaan ».. AHHHHHH !!!!

Bon concrètement comment on fait quand on a deux refus d’optempérer ? Déjà on souffle. Beaucoup. On mange un gâteau et on caresse nerveusement le chat. Si t’as pas de chat, c’est déjà mal parti.

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Bah finalement et pour dire vraiment vrai, je suis plutôt satisfaite de cette phase. Bon évidemment quand t’es à la bourre et que tu mets 35 minutes à enfiler 2 manteaux, c’est disons pénible. Pour rester polie. Mais faut pas oublier que c’est une phase cruciale du développement infantile. Sans cette phase du non, ils ne sauraient pas justement exprimer des opinions. Ils ne sauraient qu’ils sont eux, et que tu es toi, et ce que toi tu veux, ce n’est pas toujours adapté à eux (ça va leur servir en grandissant !!). Et que ce qu’ils veulent n’est pas toujours apprécié par toi (parce que nous aussi on dit non, faut pas se mentir). Il n’y aurait aucune négociation possible, aucun compromis, aucune discussion, aucun dialogue familial pour décider de ce qu’on fait et de comment on le fait. Ils DOIVENT passer par là. Tu peux toujours y aller à la force mais c’est pas tellement le but du blog et de l’éducation bienveillante.

Ca veut dire que les empêcher de s’exprimer (en dénigrant par exemple leurs refus) c’est tout simplement aller à l’encontre de leur développement. Comme si tu les empêchais de se tenir debout pour apprendre à marcher. Ca peut être fait physiquement en rabaissant au sol l’enfant mais aussi par des phrases pénibles comme  » tu vas tomber, tu vas pas y arriver… »… Bah là c’est pareil. Si à chaque non tu réponds « allez arrête ça suffit » ça n’ira jamais plus loin. Tu utilises ta force (mentale et physique) d’adulte, ok mais c’est très limité dans le temps. Et au final il en apprend quoi le môme ? Son opinion, en gros, ne vaut rien. Tu la sens la légère perte de confiance ou pas ? Tous les gamins n’ont pas le mental assez fort pour tenir face à des refus permanents. Certains finissent par s’écraser, par se victimiser, par en souffrir. Beaucoup. Parce qu’un enfant fera tout pour se faire aimer… même renoncer à lui même…

Partant de ce postulat, j’ai décidé de les encourager ! (j’aime me créer des problèmes ^^). Pas à s’opposer évidemment, le but n’est pas d’en faire des rebelles de 3 ans. Mais à les encourager à aller plus loin dans la réflexion et dans l’expression. Ok c’est non. Maman prend en compte. C’est noté. Et pourquoi c’est non ? Qu’est ce qui ne va pas ? Qu’est ce que je peux faire pour aider ? Ce n’est pas plus facile de faire ça maintenant et après de pouvoir faire ça ?
Chaque non de ma part est expliqué et argumenté (faut montrer l’exemple). Et ça m’arrive de finalement changer d’avis. Oui on a le droit de changer d’avis. Non on ne va pas au parc et puis finalement il faut beau, allons-y.

Qu’est ce que je constate ? ils argumentent. Doucement mais surement. Ils négocient. Pas ok pour aller en poussette mais si je prends mon doudou (la couverture d’un mètre vingt !!!!) alors on y va, et avec le sourire.
Ils ne crient plus leur non. Comme un caillou jeté à ma tronche. Ils l’expriment calmement.
Ils flippent aussi. Oui. C’est une grande période d’insécurité. Ca fait peur de grandir. De se sentir un peu plus autonome. Ca fait peur de prendre des décisions. De se lancer. De braver aussi. Il faut assumer après. Il faut le garder l’air boudeur, même quand on a envie de rire aux éclats. Il faut renoncer à ce à quoi on a dit qu’on allait renoncer. Et on a plus besoin que d’habitude de soutien. De bonne humeur, d’amour. Parce que oui, c’est difficile. A chaque fois, je me revois à l’arrivée en 6e. Ce sentiment d’être grande, enfin au collège, tout en étant toute petite et en ayant tout à apprendre encore.

Il n’est pas question de cèder, pas cèder. Laissons ça aux parents angoissés. En bienveillance il est important de ne pas penser les choses comme ça. Négocier et apprendre à son enfant à le faire, ce n’est pas cèder. On cède un territoire, un pouvoir, un coeur, mais pas est ce qu’on met la doudoune et le bonnet ou juste la doudoune. il faut à mon sens élever le débat et être un peu plus filou que ça. La bienveillance apporte son lot de petits trucs et astuces pour contourner, pour faire rire le boudeur, pour s’en amuser, sans que ça tourne à l’affrontement permanent. Le prendre avec légèreté. Après tout c’est un apprentissage ! Alors pourquoi serait il forcément moins facile à vivre que celui de la propreté ou de la lecture. Tous les apprentissages devraient se passer avec douceur et fierté (de l’enfant pour lui même). Alors oui je m’entends dire « oui tu as raison, on ne va pas mettre le bonnet. Tu as bien choisi. Au pire on mettra la capuche si on a froid aux oreilles d’accord ? tope là mon fils. Viens faire un câlin ».

Ils ne disent pas non pour dire non. Ils ne disent pas non pour me rendre cinglée ou pour me nuire. Ils disent non car ils s’explorent eux mêmes. Comme pendant la phase de séparation vers 8 mois quand on a été coupés physiquement. Comme pendant la phase du miroir où ils ont compris qu’ils étaient « eux » et deux ! Là ils se séparent encore un petit peu plus de moi. De mes pensées, des mes envies, de mes choix. Et oui, bien sûr que oui, que c’est la flemme d’expliquer les règles, les pourquoi on fait ça et pourquoi y a pas de non possible puisqu’il n’y a pas de choix possible. Mais c’est après tout notre rôle d’expliquer le monde non ? (NAAAAAANNNN !!!)

Soutenez les. Encouragez les. Dites leur parfois qu’ils ont raison, que c’est pas idiot comme idée, que oui c’est vrai on va plutôt faire comme eux ils veulent. Ce n’est pas les laisser gagner du terrain sur votre liberté, c’est leur apprendre à acquérir la leur. N’ayez pas peur de rendre votre enfant libre. Il n’en sera que plus responsable. C’est sa vie. Nous ne sommes là que pour leur apprendre à voler. Pas à choisir le vent.

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10 réflexions sur “La phase du non et la bienveillance

  1. Merci pour ce rappel salutaire, qui vient à point chez nous. Entre Miss 22 mois qui exprime fermement ses opinions (« Non » systématique pour le pipi-pot à la maison alors que ok à la crèche, le verre de lait ou la banane réclamés à aux cris et jamais avalés, ou encore la tétée réclamée avec le regard de cocker alors que c’est l’heure du repas solide…), et Mister Numerobis de 4,5 ans qui est en pleine phase d’affirmation de soi (surtout, ne pas écouter, ne pas obéir, et réclamer un biscuit d’un ton tyrannique sans le « s’il te plait » de rigueur), nos nerfs sont mis à rude épreuve. Effectivement, j’ai souvent le sentiment d’être dans une dynamique de « céder/ne pas céder »… Les tentatives de discussion sont hélas infructueuses la plupart du temps, entre la petite qui n’a pas encore les capacités d’expression nécessaires et le grand qui élude, c’est dur.

    Bref, je vais essayer de me remettre plus à l’écoute, et surtout, de me rappeler que ce sont des phases utiles à leur construction identitaire. Prendre du recul, ne pas entrer dans une lutte stérile, rester zen…

    Heureusement, on a l’aîné, doux, paisible et conciliant (pas trop, j’espère), pour nous rappeler que tout cela est temporaire…

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  2. Merci pour ce texte qui me redonne confiance… mon fils a à peu près le même âge que vos enfants, et il est en plein dans cette période… il nous teste sans arrête… dur dur parfois d’être bienveillant. Je souffle beaucoup 🙂

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  3. Je découvre ton blog à point nommé 😁 merci pour ce petit rappel qui me fait prendre un peu de hauteur après une journée de NON qui a failli avoir raison de ma santé mentale ! 😅

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  4. Pingback: Les deux facettes d’une même enfance. | Reggio & Twins

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