Les deux facettes d’une même enfance.

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Ca a commencé comme ça  Par Damien. Et puis ça a continué comme ça.

Cette vague sourde qui change tes bébés souriants en pré-ados ronchons.
Mais ça ne s’est pas passé de la même manière !

Damien a la colère facile. Mais il s’aime trop pour se mettre dans des états pareils longtemps. Vas y que je te claque une porte et ça passe. Gérable pour toi, petit parent démuni…. Il a vite compris que ça ne menait à rien, du coup est passé dans une forme bien plus théâtrale de « comment attirer l’attention sur moi et rien que sur moi, là maintenant de suite ? ». Ca lui donne un air un peu fatiguant de petit garçon surexcité de 3 ans… m’enfin gérable et sans incidence (sauf les 82 bobos sur ses genoux et ses paumes de main…). Il danse il chante il court, il hurle… bon … vers 21h j’dis pas, mais dans l’ensemble de la journée ça passe… il tête encore son pouce et a donc développé un mode « auto-calme » assez efficace..Je crie je crie et hop je fais du poussou 3 minutes …. et hop je me remets à courir partout …On dirait un jeune chiot en surdose de vitamines en fait … Moi j’aime bien son côté vif. J’aime le voir danser, tourner, sauter… ça me fait du bien. Quand aura t’il encore l’occasion dans sa vie de courir en slip en chantant Pirouette Cacahuète ?
Je le laisse faire, il sait s’arrêter la plupart du temps, on travaille dessus et sur le respect des limites de l’autre (surtout celles de son frère …).
Il profite de son enfance, de sa liberté, de son corps, de sa joie de vivre… Au parc il parle avec tout le monde, il se dépense, il vit à fond et je ne peux pas lui retirer ça, pas à 3 ans ! Pas besoin de lui apprendre à marcher au pas, pas à cet âge !! Qu’il se salisse, qu’il chante, qu’il fasse des chorégraphies futuristes, qu’il se vautre, qu’il découvre le bonheur, il a encore le temps pour les hontes, les peurs et les déprimes !
Il explose vraiment une fois par mois. Rien ne peut l’arrêter dans ces moments là. La décharge est violente mais courte. Un petit peu de poussou et hop… ça repart !

Mathias par contre ça a été nettement plus difficile.
Si Damien est le courtisan qui a toujours  4 nanas en même temps, Mathias est celui qui aime en secret la même fille pendant 10 piges !!! Il est la sensibilité, la finesse et la réflexion. Pendant près de 6 mois, il a été comme fermé, seul avec lui même. On s’en est pas forcément rendus compte mais maintenant que la page se tourne doucement, ça se voit. Il a la douleur sourde de celui qui jette son jouet adoré mais ne sait pas expliquer pourquoi. Il a la peine du loulou qui ne parle pas encore bien et qui vit dans un monde de mots (et de maux) qui lui échappent. Il comprend tout, il voit tout. Mais rien ne sort. Presque effacé par sa luciole de frère. Il est la lumière bleutée de la lune si son frère est un soleil. Un rien le touche. Et les crises se succèdent.
Pour tout, pour rien. Pour des absences, pour des présences, pour la mauvaise peluche, pour la saveur du yaourt, pour la voiture qui n’avance pas, la porte mal fermée, le mot en trop, le gâteau cassé…. et la patience s’avère parfois bien plus difficile à garder que pour un dynamisme un peu trop efficient… Il était assis au bord du monde et le contemplait pour comprendre. Son frère, vif comme une abeille. Son père qu’il aime tant, absent dans un lieu inconnu qu’on nomme travail. Sa mère et sa grand mère qui se relaient… Trop d’amour et de sentiment qui s’emmêlent.
Et puis comme un fruit mûr à point, il est tombé de son arbre. Il s’est mis à parler mieux, à communiquer surtout, à aimer, à câliner, à raconter ses expériences. Il s’est mis lui aussi à crier, à danser, à virevolter en slip en chantant ! Il a une imagination débordante et se monte des films entiers avec 2 bonshommes, 4 cailloux et 1 brin d’herbe. Il voit le détails, les beautés du monde. Il aime les oiseaux, les avions dans les nuages, les petits insectes. Il a dompté sa sensibilité et en a fait de fines ciselures.
Son grand jeu c’est de faire mine de tomber, au parc dans les graviers, pour attendre que son frère vienne le sauver. Il n’aime rien de plus que voir la petite main de Damien le hisser vers le haut comme s’il remontait d’un ravin. Alors il encercle de ses mains son frère brut de pomme et ils rigolent, de ce rire que seuls des petits garçons, sortis des phases compliquées de l’enfance, peuvent avoir.

On en aura d’autres des périodes difficiles. L’école arrive, on sait tous ce que ça entraîne. Et bien sûr que je m’inquiète sur la canalisation de l’énergie de Damien et sur l’étouffement de la sensibilité de Mathias (et sur leur côté cacaproutjememarre immature qui va durer encore 15 ans !). Mais je profite. De leur complémentarité, de leur complicité, de leur fratrie toujours un peu miraculeuse à mes yeux. On met des chemises cintrées, du gel dans les cheveux et des culottes Cars…C’est autre chose. Oui on a tourné une page, pour toujours. Mais moi ça me va.

Pourquoi ? Parce qu’en bienveillance on accompagne ses enfants. Tels qu’ils sont et non pas comme on aimerait qu’ils soient. Oui des petits garçons de 3 ans c’est épuisant parfois. Mais c’est le jeu ma pauvre Lucette. Il faut accepter les chapitres qui avancent. Il faut profiter de la lecture présente, ça passe si vite… En quelques pages, le livre est fini.

J’écris pour garder une trace. Certes. Mais aussi parce que parfois la bienveillance s’émousse avec le temps. C’est « facile » d’être bienveillant avec un bébé de 6 mois. C’est pas la même chanson 2 ans et demi après ! On perd des parents en route. « il n’obéit pas, il n’écoute rien, il me fatigue » …Mais il n’est pas fait pour ça, pas à cet âge là ! Qui sait si finalement les changements rencontrés ne sont pas aussi un peu dus aux changements je connais moi même en ce moment dans ma vie pro ? Est ce que j’ai lâché du lest, sans m’en rendre compte ? Parce que j’ai accepté qu’ils grandissent  ? En tout cas, après une fin de congé parental stressante et hasardeuse, c’est le plus beau cadeau possible, de les voir si heureux et épanouis.

Faites que ça dure ❤

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2 réflexions sur “Les deux facettes d’une même enfance.

  1. Ton article me parle tant… Avec la grossesse ma bienveillance est mise à rude épreuve et clairement des fois j’ai pas envie… Je n’aime pas dire ca mais je préfère être honnête avec moi même. Oui y a des fois punaise c’est dur !
    J’ai un petit ado de 3 ans à la maison,.. Avec une forte sensibilité et une énergie à décrocher Saturne… Souvent c’est gerable , parfois ça l’est moins, quand à 20h30 on dirait qu’il a mangé un sac de billes et que je suis le réceptacle de toute cette énergie … Que je prends des coups de tête, de pieds et que rien ne l’arrête … Dans ces moments là je perds patience car ma jauge d’énergie est vide, car je suis déroutée.

    Mais ces petits moments où oui il me fatigue sont vite effacés par tant d’autres qui m’émerveillent. Je souris de voir sa détermination quand j’ai pas mis la bonne musique (Il devient drôlement exigeant), quand il me pique mon téléphone a 13h pour tenir la grappe à son père, quand il s’invente des histoires avec 2 voitures et 1 camion… Alors j’essaie de prendre appui sur toutes ces choses si positives pour tenter de mieux gérer les moments plus délicats. Y a des ratés , et y en aura toujours. Mais j’essaie, du plus fort que je peux.

    Très bel article ❤️
    Je te souhaite encore tellement de bonheur avec tes biboux !

    😘

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  2. Encore un très bel article émouvant.
    Mon fils aussi a 3 ans et c’est marrant, j’ai l’impression qu’on est sorti d’une phase aussi. Vendredi, il s’est mis en colère donc tapage de porte, cris et puis là où d’habitude c’est difficile de le faire se calmer, il m’a écouté et il s’est calmé vite, s’est mis sur mes genoux et m’a expliqué ce qui l’avait mis en colère. Et là je me suis dit « waouh », ces 734 explosions, ça valait quand même le coup de les contrer à coup d’une relative (oui, globalement, parce qu’il y a eu des fois où mes nerfs étaient trop à vif pour que je sois Maître-es-zen) sérénité et à lui proposer de se calmer avec doudou et d’apprendre à verbaliser. Alors qu’en face on nous reprochait notre absence de réaction (traduire : une bonne fessée que diable, ça n’a jamais tué personne). Ce ne l’empêchera pas de craquer à nouveau, c’est sûr, mais je suis assez fière de lui, de me dire que du haut de ses 3 petites années il a su plus se maîtriser que certains ne sauront jamais le faire adulte, mon sensible nerveux, ma Lune à moi 🙂

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