Maman… et les Autres.

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On a eu ces derniers jours des conversations fort intéressantes avec ma copine de longue date Mlle S.
Elle est enceinte. Mazal Tov.
Et qui dit enceinte, dit conseils. De tout le monde. Sur tout.

Je regarde les photos de Charlène de Monac’. Elle a l’air crevée. A t’elle aussi cette pression immense ? cette impression de sauter à l’élastique ? A t’elle droit aux conseils d’une foule de conseillers qui ont un avis sur tout ? « Madame de Monaco, on pense que le double babycook c’est MIEUX » !

L’Autre. Celui qui a tellement envie de nous raconter les horreurs de son accouchement, le vomi du petit dernier, la gastro, les nuits blanches, les cacas durs, les RGO qui ne s’améliorent pas, les bodies trop petits, les assmats pas sympas, les crèches pleines de gale. Parce que ça part d’un bon sentiment, d’une envie d’aider, d’une envie de hurler cet éternel amour. Parce qu’on pourrait en parler toute la journée. Parce que finalement, les sourires, les éclats de rire, les câlins… c’est dur à décrire, ça envahit, ça réchauffe. Ca explose à l’intérieur. Mais comment décrire ça à quelqu’un ? Peut on vraiment décrire ce qu’est une mère ?

Et quand en plus une mère a des convictions, elle en devient quelque peu militante. Elle a envie de partager ses réussites. De sauver tous les mômes de la Terre de cette violence inutile. Elle se construit en tant que mère autour de cette lutte. Ca devient une part de son identité. On ne peut pas se décrire en tant que mère. C’est trop fugace, trop éphémère. Mais on peut se décrire bienveillante, anti ceci, pro cela… Ca teinte nos actes. C’est le rouge à lèvre d’un visage un peu flou dans le miroir du matin.

Mais la future petite maman, elle, n’entend souvent qu’un brouhaha de paroles. Rien de bien structurant. Ca ne lui parle pas tellement les RGO, la DME et les babycooks. Elle porte la vie mais elle la protège aussi de tout ça. Elle est encore centrée sur elle, sur lui (ou eux ^^). Elle est une mince muraille. Bientôt les conseils se feront de plus en plus pressants, les regards de plus en plus appuyés. Les accusations de plus en plus lourdes (« ah bah s’il dort pas, c’est parce que t’allaites ! Ca c’est suuurrr ! Moi il a commencé à faire ses nuits dès que je suis passée aux biberons ! » ? ca vous parle ?).

Comment se protéger de ça. Sans se fermer. Comment se centrer. Encore. Assumer. Claquer au monde qu’on en a rien à f…. de leurs avis. C’est un long combat, pour nombre d’entre nous. Quasi quotidien. S’ajuster, encaisser, en rire et répondre non (comme mon hibou !). Ecouter.. et faire à sa sauce. Se fier A SON ENFANT ! Ne rien choisir à l’avance tout en suivant son propre chemin.

Dans les sociétés ancestrales, les gestes sont clairs, codifiés, connus de tous. La mère sait comment elle va accoucher. Comment elle va l’élever. Personne n’a rien à dire, chacun est à sa place. Chacun son rôle. Dans nos sociétés, tout est à écrire. Tout est à faire. On organise alors qu’on devrait jouir du bonheur immense. On range alors qu’on devrait juste faire la planche et se laisser porter. On fait de la diplomatie avec l’Autre alors qu’on devrait être encensées, épaulées au moins.

Mais quand la solitude arrive ? le doute ? le burn out ? les hormones ! Qui est là ? Quand mon garçon pleure dans le magasin et que je me retrouve démunie ? Quand je cours avec mon fils de 14 mois évanoui dans mes bras, aux urgences et que la dame devant moi ne me laisse pas passer parce que son ado s’est écorché le genou ? Quand je pleure, seule, assise dans la douche, parce que je n’ai pas dormi depuis 4 jours et que je ne me souviens même pas si j’ai mangé ? Ils sont où, les autres ? 

Alors finalement, pour moi être mère c’est ça. Vaincre la foule et la solitude.
Ecouter les avis de ceux qui daignent m’en donner. Me sentir entourée, par ceux qui Savent. Ceux qui préparent mon futur.
Puis faire à ma sauce. Seule. Et pour reprendre une phrase de Montaigne que je trouve très belle, prêter sa maternité aux autres pour qu’ils puissent jacasser. Se la donner à soi même pour s’élever au dessus d’eux. Du bruit. Du monde.

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4 réflexions sur “Maman… et les Autres.

  1. Oui, être mère c’est difficile…on part pour beaucoup de si loin et l’on est souvent si seule ! comment accueillir au mieux ce petit être si dépendant et vulnérable ? des questions pratiques aux questionnements sur soi, ça a été un vrai « tsunami » pour ma part ! observer, chercher des réponses, des alternatives et lire encore et encore, ça a été mon quotidien avec ma première fille…après un an de congé parental, je suis revenue au boulot lessivée, vidée et malgré un boulot stressant, c’était les vacances pour moi ! pour ma suivante, ça a roulé davantage et je savais l’intensité de l’investissement qu’un bébé demandait et surtout je m’étais forgée des convictions quant à mes pratiques éducatives (allaitement, cododo et portage et ENV) et j’avais acquis une bonne expérience sur la résolution de cas « pratiques » (poussée dentaires, reflux, pb de digestion, massages…)…en gros, je dis souvent qu’avec mes première ça a été le « Vietnam » et pour ma 3e j’espère que mon expérience continuera à m’aider, même si ça n’enlève pas les doutes, l’épuisement et les soucis, car chaque enfant est différent !

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    • C’est vrai, c’est positif, on apprend, on avance (meme quand on n’en a pas conscience 🙂 ). Bon moi ils ont 1 minute d’écart ^^ et j’ai appris sur le tas mais quelle fierté d’y arriver ! Quel bonheur quand quelque chose fonctionne ! Quelle joie de les voir évoluer mes petits bonshommes !
      Il faut faire de l’Autre une force, une source de conseils mais pas de culpabilité c’est un mélange compliqué !

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  2. Bonjour, cela fait un petit moment que je parcours ton blog! Et là je ne peux que réagir! C’est vrai que c’est parfois pesant ces remarques, ces « conseils »…Cela m’a tellement agacé l’autre jour que j’en ai moi aussi fait un article (que tu peux aller voir là: http://titouanveck.blogspot.fr/2014/11/et-il-fait-ses-nuits.html si cela t’intéresse!).
    En attendant je reviendrai souvent vers ton blog que je trouve très intéressant :-)!
    Bonnes fêtes de fin d’année,
    Déborah

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    • Merci beaucoup Déborah !
      Ton article est très intéressant et c’est exactement ça : il faut se défaire de leur regard « ils ne savent pas faire » qui peut avoir des conséquences catastrophiques sur des mamans déjà en souffrance qui doutent d’elles !
      Bonnes fêtes ❤

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