De la sociabilisation des jumeaux

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Je ne suis pas très présente en ce moment car je gère un petit tournant dans ma vie MAIS je reçois des messages, des questions, des drôleries en tout genre de votre part, chers lecteurs, et j’avoue qu’on rigole bien 🙂

Et j’ai reçu une petite question mignonne sur « comment j’ai fait pour que mes jumeaux, gardés à la maison, soient quand même sociables »…Du coup on va écrire un petit truc sur ça… sur ce « quand même » qui m’a amusé follement ^^

C’est un très gros débat. Gros comme une pelote de laine. On peut tirer tous les fils, dans tous les sens, ça coince toujours un peu. Chacun y va de son avis et de ses spéculations. Objectivement parlant, ce n’est pas de mon ressort de décider ce qui est « le mieux ».

Moi je peux dire que j’ai choisi (et j’ai eu le luxe d’avoir le choix) essentiellement par rapport à mon propre ressenti. Quand j’ai commencé en congé parental, je ne me suis pas forcément posée la question de ce qui était le mieux pour eux. C’est à moi que ça convenait, selon ma propre échelle de valeur vie/enfant/travail. Je n’avais pas besoin (personnellement) de travailler. Je voulais qu’ils pleurent dans MES bras, qu’ils apprennent MA culture, qu’ils marchent pour la première fois devant MES yeux. C’était une démarche égoïste de maman se sachant stérile. Ils sont mes premiers et mes derniers. Rater ça voulait dire ne jamais le voir et le vivre.

Et puis quand ils ont grandi, on a commencé à parler de ce qui était le mieux pour eux. Et alors là, ça a été le festival ! J’ai entendu le meilleur et surtout le pire. Un panel de commentaires allant de « parasite qui vit au crochet de la société …à l’école c’est le mal, ils doivent rester à la maison jusqu’à 37 ans ».

Il FALLAIT les faire garder. Parce qu’ils n’allaient pas être sociabilisés (dixit les « copines »). Parce qu’ils allaient être trop collés à maman (dixit les suivis médicaux). Parce que leur gémellité allait devenir malsaine (dixit le pédiatre !!). Parce que j’allais crever de fatigue (dixit la famille).

Et à chaque retard, chaque manquement, chaque pleur, chaque problème … « ça c’est parce qu’ils sont gardés à la maison ! Ils seraient à la crèche ils parleraient/ seraientpropres/ dormiraient …et j’en passe.

Mais j’ai tenu bon. Essentiellement parce que j’ai fait autrement. Partant du principe que tous les enfants de la Terre n’avaient pas accès aux crèches et ne finissaient pas délinquants pour autant, j’en suis venue au légitime « il faut une tribu pour élever un enfant ». Je me suis entourée et j’ai délégué. Mes enfants ont donc eu le cercle familial relativement soudé autour d’eux. Un nid douillet et généreux mais à multiples facettes, changeant, mouvant et demandant d’être adaptable. Tout le monde n’est pas Maman. On a donc écarté assez rapidement le « fils à maman » qui n’a jamais été effectif chez nous. J’en conclus que ce coté pot de colle est surtout lié à un manque de sécurisation de l’enfant, voire d’un simple caractère un peu peureux. Pas besoin de s’affoler là dessus… Faut quand même être concon pour s’inquièter d’un enfant attaché à sa mère !

La gémellité malsaine maintenant … AHAHAHAHHA ! Ce qui la rend malsaine, c’est de rendre nos enfants dépendants l’un de l’autre, identiques, en vase clos, n’existant que par deux, n’existant que pour l’autre…Ca oui, c’est malsain. Les habiller pareil, tout le temps. Les appeler « les jumeaux ». Leur offrir tout le temps les mêmes choses. Oui ça ça pue le marécage. Mais ça n’a jamais été le cas chez nous. L’inverse a même été encouragé pour s’affranchir de tout doute.

Les seules vraies pistes sont la fatigue (colossale et réelle) des parents à la maison. Et la sociabilisation. J’écarte la sociabilisation d’un revers de la main. Elle dépend d’une volonté des parents de mettre leurs enfants en contact avec le monde (le boulanger est le monde, tout comme les enfants au parc, la grand mère qu’on aide à traverser, le chien du voisin…) et d’un caractère plus ou moins ouvert de l’enfant…Si vous sortez, si vous avez une famille, si vous cotoyez des gens, si vos enfants vous voient parler et sourire et intéragir avec les autres; alors ils seront « sociabilisés ». Etre enfermés dans une crèche 8h par jour avec des gamins ne changera rien de plus. Surtout pour un couple gémellaire qui a déjà comme base « l’autre ». Mes enfants, sans sortir de leur salon chéri, savent se comporter de manière tout à fait normale avec les autres. Oh Miracle dis donc !

Ce qui reste, c’est la fatigue. Encore aujourd’hui je me demande comment j’ai survécu à certains jours. Comme j’aurai aimé les fourguer à quelqu’un et m’allonger 5 minutes pour souffler. Combien de fois j’ai été à la Maison des Parents, juste pour que l’animatrice prenne le relai… Alors oui dans ce cas là, quelques heures de garde auraient tout changé… mais encore une fois, je pense, sincèrement, que c’est surtout pour moi que ça aurait pu changer… Alors oui, n’hésitez pas à les placer pour VOUS faire aider… mais ce n’est pas eux qui ont besoin d’aide !

Ils sont programmés pour avancer, apprendre, évoluer. Quelque soit le lieu et le mode de garde. Ils n’ont besoin d’aucune structure particulière qui en feraient des être spéciaux doués de capacités magiques ! Peut être que gardés, ils auraient parlé plus tôt ou seraient déjà propres… sans doute même… et alors ? c’est le but de l’enfance de finir propres ?

Et puis pour finir ce petit billet qui ne se veut pas polémique mais qui retrace juste quelques réflexions personnelles, palme d’or absolue à l’argument  » la crèche prépare à l’école ». Si effectivement elle apprend certaines règles de vie en communauté, d’horaires etc… elle ne prépare certainement pas à la REUSSITE à l’école (puisque c’est si crucial apparemment !) ! Ni au plaisir d’y aller. Ni au plaisir d’en profiter. Ca n’a aucun impact sur ça et heureusement (ou malheureusement, ça serait plus simple si c’était le cas !).

Alors si t’es une jeune maman de jujus enceinte jusqu’aux cheveux et qu’on te fout la pression pour les « sociabiliser », je te conseille sincèrement de plus t’inquiéter de toi que d’eux…eux se débrouillent très bien avec ce qu’on leur offre. Pense plutôt à ce que toi tu peux ou veux leur offrir. Et si tu penses que ça ne sera pas suffisant, alors fais toi aider. Offre leur la possibilité enrichissante de voir autre chose que ton salon. Mais qu’on ne les utilise plus jamais EUX, comme argument de garde. Qu’on arrête de se déculpabiliser en leur inventant des pseudo-besoins avant l’âge…

Un enfant (avant 3 ans) a besoin de ses parents. D’amour. De confiance. De présence, d’outils pédagogiques intéressants. De temps consacré à l’écouter et à l’autonomiser (dans sa gestion des sentiments, de la vie quotidienne…). Il se construit très bien comme ça. Comme des millions d’enfants à travers le monde et l’histoire. Comme les miens.

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9 réflexions sur “De la sociabilisation des jumeaux

  1. Oh la la, comme je l’aime cet article !! Je ne prends pas souvent le temps de commenter mais là, je m’y retrouve beaucoup beaucoup ! Moi aussi je suis en congé parental pour m’occuper de mes jumeaux (et de leur grande sœur scolarisée) et toutes ces remarques je les ai aussi entendues. Hier encore, une maman (que je connais à peine) m’a dit sa volonté de mettre ses enfants à l’école à deux ans pour les « sociabiliser ». A croire qu’avant ça, ce sont des sauvages …
    Pour ce qui est de la « gémellité malsaine », je constate que ce sont les autres qui les comparent (dans ce cas, je sors les crocs !) Pour ma part, j’ai encore du mal à utiliser le terme de « jumeaux », c’est pour dire à quel point je les considère chacun dans leur individualité.
    En tous cas c’est un plaisir de te lire. A bientôt.

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  2. J’aime beaucoup aussi ! Rha, cette incapcité à accepter et endosser la responsabilité de ses propres besoins, et le besoin de convaincre tout le monde à commencer par soi-même qu’en fait c’est pour le bien de ses enfants qu’on agit. Eh bien non, comme tu le dis si bien, on a le droit de ne faire garder ses enfants que POUR SOI.

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  3. Superbe article ! Que de remarques tous ces choix de vie et d’éducation provoquent en effet dans nos entourages ! Il faut juste savoir s’en protéger et être en accord avec soi même pour vivre ce qu’on a envie de vivre.

    Petite question qui n’a rien a voir, j’ai vu que tu avais des rats. J’aimerais beaucoup en avoir mais je me disais plutôt quand ma fille serait bien plus grande (elle a bientôt 3,5 ans). Comment ça se passe avec tes enfants, ils interagissent avec eux ? Tes rats se laissent manipuler par des enfants ?

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    • coucou 🙂
      Oui j’ai 6 rats ^^ Les enfants les adorent (c’est hyper ludique à regarder pour eux, ça bouge, ca saute, ca se cache etc). On leur a appris à donner à manger, à nettoyer la cage, a les caresser doucement, à mettre le poing dans la cage et pas la main ouverte etc … ils sont vraiment fan (mais ils seraient fan d’un lapin aussi hein ^^) Par contre les ratounes en ont peur (ils sont trop vifs et bruyants pour eux). Donc l’interaction ne va pas dans les deux sens. Donc caresser oui mais pas porter par exemple, le rat s’enfuit. Par contre ce sont des rats de raterie, donc sociabilisés, pas mordeurs etc, c’est important car une morsure sur un adulte ca peut peter un tendon alors un gosse… faut faire gaffe je prefere dire la verité, ca reste MES animaux…

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  4. Bonjour,
    Je tenais à te remercier pour ton blog, qui est très bien écrit, drôle, bienveillant et plein d’amour. A travers tes pages j’ai pu découvrir de jolis moments de vie, sans faux semblants, ou l’on peut voir a quel point il est difficile mais aussi quel bonheur c’est d’être une maman.( de jumeaux!! )
    je souhaitais toutefois attirer ton attention sur un mot souvent employé.. Stérile.. Bouh qu’il est moche ce mot.. Et qu’il est insultant, un dialogue stérile, une terre stérile.. Nous autre femmes sans enfants préférons le terme d’infertile! 🙂
    Et je voulais aussi ajouter que tu n’es pas infertile.. Alors oui tu as un terrain d’infertilité, l’endométriose est une maladie qui empêche de nombreuses femmes d’avoir un enfant ( et je ne parle pas de la douleur du quotidien) mais quand on a eu la chance d’avoir des jumeaux au bout de 3 mois on n’est pas infertile..
    Les infertiles sont ses femmes qui se battent depuis des années, celles qui peuvent parler des bleus sur le ventre et les cuisses dus aux piqures, des veines qui explosent dans la coudée à force de faire des prises de sang, celles qui connaissant le froid de la salle d’opération avant la ponction, celles qui n’oseront pas aller faire pipi après un transfert d’embryon.. Celles qui ont connu les fausses couches, les mains tremblantes avant les résultats et les pleurs juste après.. Celles qui ont tant enviées leurs amies se plaignant de la fatigue due à un nouveau né..Celles qui ont entendu 100 fois  » tu verras ça marchera quand tu n’y pensera plus » Celles qui ont mis de coté leur pudeur, leur féminité, leur sexualité, parfois leur travail pour toucher du doigt ce rêve.. Ce rêve d’avoir un enfant, ce rêve qui leur est refusé alors que tant d’autre n’y pensent même pas.
    Je fais partie de ses infertiles, une jeune femme de 30 ans qui après 6 ans de bataille va devoir déposer les armes à cause d’une translocation des chromosomes..
    Alors juste mesdames n’employez pas des mots sans penser à la souffrance des autres.
    Sur ce je vous souhaite beaucoup de bonheur a tous les quatre!

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    • tu as raison de le souligner Julie et c’est tout à ton honneur. Sans rentrer dans les détails je suis considérée par le corps médical comme infertile, j’ai été inscrite en PMA après 10 ans sans enfants. Le fait est que j’ai eu les enfants après une opération (sans elle, c’était même pas la peine d’espérer). Donc même si j’ai eu la chance immense d’échapper d’un poil de fesses (quelques semaines) au démarrage du protocole, j’ai quand même eu un lonnnnggg parcours de déception et de douleur. Je sais ce que c’est de pleurer quand on a ses règles, de faire et refaire des tests de grossesse, de détester injustement toute femme enceinte dans la famille, de taper des crises d’angoisse à l’idée de ne jamais y arriver, de tomber en dépression chaque fois qu’un ex s’en va car il faudra « retrouver un père »… en tout cas j’ai frôlé tout ça de très près et je suis au delà du possible solidaire avec toutes celles qui le vivent… Je ne sais pas pourquoi moi et pas une autre. Pourquoi eux et pas le vide. Pourquoi ce jour là et pas les années avant… Mais par respect pour ce combat, je me pousse tous les jours à remercier pour ce miracle et à en profiter … il n’y aura jamais de bébé 3, même en le voulant très fort. On a tous des deuils à faire et j’envoie beaucoup de courage aux familles qui vivent ça….

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  5. Merci pour ta réponse. Je ne voulais en aucun cas dénigrer ta souffrance ou ce que tu as pu vivre je voulais juste rappeler à toutes les femmes (enfin pour le coup à celles qui te lisent 😉 ) tout ce qui se cache derrière ce mot d’infertilité..Que ce n’est pas ne pas réussir à avoir un enfant pendant 6 mois naturellement.. Que la triste finalité d’une vie d’infertile c’est le deuil de cet enfant de nos gènes et savoir remettre en question sa vision de la maternité. Et rappeler également que nous ne sommes pas des pestiférés qui ne « peuvent pas comprendre car elles n’ont pas d’enfants ».
    Encore une fois merci pour ton blog qui me sert beaucoup dans mon métier de ludothècaire.

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    • Tu as completement raison les mots (et les maladies et les maux qui vont avec) ont tendance à être très banalisés (et c’est vrai pour tout). C’est bien d’etre précis surtout quand on est concerné ne serai que par prévention et information !
      Merci pour les compliments, j’écris peu en ce moment mais ça devrait revenir bientôt !

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