La période sensible de l’ordre montessori et ses enjeux

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Je cours un peu partout en ce moment pour finir tout ce que j’ai à faire avant de partir dans deux semaines en vacances ! Mais quand j’ai vu ce joli petit alignement ce matin, je me suis dit qu’il fallait que je m’arrête 5 secondes pour l’écrire cet article sur la période sensible de l’ordre !

S’il y a bien un thème qui, avec l’autonomie, chez Maria Montessori est célèbre, c’est bien les périodes sensibles. Et j’y crois très fort depuis toujours et j’ai toujours fait attention à les « repérer ». On peut très bien passer à côté !!!

Car elles sont parfois aussi subtiles qu’un instant furtif qui passe. Fragiles comme du papier. Un rien peut les gâcher chez l’enfant. Et on sait que lorsqu’elles passent, c’est fini. On ne revient pas en arrière ! Angoiiisseee 🙂

Petit rappel pour les (très) nombreuses futures mamans qui nous lisent : c’est ce que c’est une période sensible ? Elles résultent de l’observation scientifique de Montessori sur les enfants. En effet elle a dégagé des stades d’évolution psychique qui sont obligatoires et qui sont programmés. Tous les enfants passent par ses phases. L’enfant est absorbé pendant un temps plus ou moins long par quelque chose. Tout son mental est obsédé par ça. Dès que l’acquisition est faite, la période passe. L’intérêt diminue complètement. Elles sont souvent classées ainsi : langage, ordre, mouvements coordonnés, comportement social, raffinement des sens et enfin petits objets.Elles peuvent se chevaucher car certaines comme l’ordre peuvent durer des années…

Et c’est justement cette période là qui m’intéresse aujourd’hui. Parce que mes garçons sont en PLEIN DEDANS ! Notamment Fils Premier du Nom. (du non aussi je te rassure !). Du coup j’ai de nouveaux challenges avec lui car les enjeux de cette période sont très très nombreux.

Il y a un malentendu je trouve sur le terme d’ordre. On ne parle pas d’ordre au sens adulte du terme. Il faut se mettre à hauteur d’enfant. L’ordre des choses, du monde, des gens, des objets, leur place et leurs rôles et donc sa propre place et son propre rôle, voilà ce qui est central. Après avoir évolué dans son monde, découvert chaque recoin de chaque tiroir, l’enfant se met à ranger (à sa façon) et à classer les choses (en les alignant notamment). Mais ce n’est pas juste ranger les choses. C’est les classer dans sa tête.

C’est un terrain de sécurisation immense pour l’enfant. Il s’approprie ce monde si complexe. Il se base sur ce qui est « rangé ». Maman est là le matin, on fait un câlin en buvant le bib, On prend notre petit déj, on prend la poussette pour sortir etc… Papa lui rentre du travail, pose ses clefs, rentre dans le salon en souriant, s’affale sur le canapé (oups !)…
L’enfant se mettra à pleurer le jour où il n’aura pas rangé ses clefs sur la commode. Le père rentre dans le salon pour faire un bisou et trouve deux enfants en pleurs et ne comprend pas …
Toujours les mêmes gestes, la même routine… L’enfant arrive à anticiper ce qui va se passer et donc se rassurer.

Et se rassurer à 2 ans et demi ? et bien c’est primordial ! Parce qu’on en a fait du chemin depuis le premier souffle ! On en a appris des choses ! On marche, on joue, on mange, on se couche, on se douche, on parle, on danse … tout un tas d’actions nombreuses et variées que l’on maîtrise plus ou moins. L’ordre ça permet de savoir qu’on contrôle un peu son monde, qu’il n’est pas en permanence en train de tout chambouler …

Cet ordre extérieur influe donc l’ordre intérieur.

Alors on comprend mieux pourquoi c’est parfois la crise intersidérale quand ce n’est pas le bon gâteau, le bon manteau. Le bon jouet. Ca hurle, ça pleure, ça jette l’objet. L’ordre intérieur est en panique. Pourquoi les choses changent d’un coup ? pourquoi personne ne comprend ce que je veux ? pourquoi je n’ai aucune influence sur ce monde et sur mon environnement ? Pourquoi on m’a filé ce gâteau alors que j’ai bien montré avec mon petit doigt celui d’à côté ? Pourquoi c’est maman qui nous donne la douche alors que d’habitude c’est papa ??

Panique = crise = gros quiproquo. Parce qu’évidemment un enfant qui essaie de contrôler (son) monde, bah ça plaît pas tellement aux parents ! Petit tyran va ! Estime toi déjà heureux d’avoir des gâteaux !! Pourri gâté qui veut manipuler les gens ! Nan mais oh ! C’est qui le chef ? c’est qui qui décide !!  = clash …

Il y a donc un enjeu de taille : trouver un juste milieu, entre l’accomplissement optimal et dans les meilleures conditions possibles (avec des outils adaptés mis à disposition) de cette période sensible de l’ordre… et la limite à fixer, qui est propre à chaque famille. Les aider à contrôler LEUR monde (autonomie, exercices ciblés, encouragements …) et les intégrer au nôtre. Ca n’a rien de facile. Mais bafouer leur période sensible en les empêchant de s’organiser leur vie, c’est quand même, à mon sens, extremenent risqué pour l’avenir… Ne pas s’approprier sa propre vie d’un point de vue psychique c’est quand même chaud cacao…
C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il faut REFLECHIR ses routines !! Ce qui peut être mignon à faire (les bercer ?) quand ils ont 14 mois peut l’être vachement moins à 27 mois (13 kilos X 2 ? vas y pour les bercer…). Une routine doit être tenue, dans la longueur, quelque soit l’endroit, quelles que soient les circonstances ! Donc si on ne peut pas (pour x raisons) faire un geste… on ne l’intègre pas dans la routine …
Et même comme ça on se fait avoir … Exemple tout simple : quand papa est là le week end nous faisons les courses en voiture. La semaine ils ne réclament pas la voiture et vont docilement dans la poussette. Ils savent que la semaine maman = poussette… mais quand un samedi matin papa les a mis dans la poussette pour sortir … nous avons enduré la pire crise depuis 6 mois… ils hurlaient, se débattaient, demandaient les bras, mettaient des coups … Le plus grand bonheur (prendre la voiture) est complètement tombé à l’eau et la déception a été colossale… On a tous des exemples comme ça de gros ratés …

Pensez à autonomiser votre enfant en choisissant lui même ses petits rituels. Pensez à les sécuriser en rangeant au mieux, avec leur aide, leur petit monde. Si l’enfant crise pour quelque chose qui vous paraît anodin, essayez de voir ce que vous avez fait différemment par rapport à d’habitude. Encouragez le à ranger et à classer ses petites affaires (des bacs à jouet organisés et triés par exemple sont parfaits pour cet âge). Ne le perturbez pas trop (surtout pendant ces périodes de vacances) avec des changements de vie trop brutaux. Si l’ordre est perturbé en permanence, l’enfant le sera aussi. Apportez des petites nouveautés mais pas trop. Ne l’obligez pas à apprécier des personnes inconnues ou des lieux nouveaux. Laissez le gérer son stress à son rythme. C’est humain de ne pas être à l’aise face à une nouveauté et l’enfant, lui, c’est son quotidien !

Bon courage pour gérer tout ça en tout cas ! C’est pas toujours évident … surtout pour les mamans de jumeaux qui ont pour enjeu deux périodes sensibles de l’ordre … et qui n’est pas forcément le même ! Je dois par exemple me souvenir de deux rituels différents de repas, d’habillage, de petit déjeuner … et si j’inverse les gâteaux, attention à mes petites oreilles 🙂

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6 réflexions sur “La période sensible de l’ordre montessori et ses enjeux

  1. merci pour ce commentaire qui rafraichi le cerveau…bien que consciente des périodes je retrouve ici l’explication que pitchoune tient absolument à ce que ce soit maman pour le coucher et les toilettes…ce qui n’était pas forcément le cas il y a qq mois (je vois où est le changement)

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    • de rien 🙂
      D’ailleurs ca ne veut pas dire que l’enfant n’est pas adaptable et ne peut pas apprendre à faire avec quelqu’un d’autre… c’est juste que les changements un peu brutaux vont souvent entrainer une crise qu’on ne comprendra pas… 🙂 enfin ici en tout cas c’est flagrant.

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  2. Autant je suis 100% d’accord sur les périodes sensibles, que j’ai pu observer à de nombreuses reprises, autant le principe des rituels n’a jamais vraiment marché chez nous. Allaitements à la demande complètement arythmiques, nuits compliquées, couchers difficiles malgré les tentatives de rituels… (j’exagère un peu), horaires de travail (et donc de crèche/garderie) variables (parfois papa, parfois maman, parfois 16h, parfois 18)… nous n’avons jamais réussi à trouver un « rythme » fixe, ou alors dès que nous en observions un, hop, ça changeait. Mais étonnamment, les enfants ont l’air de s’y retrouver (ou alors je loupe un truc, c’est possible aussi :-)). Peu de grosses colères pour l’aîné, pour le second, c’était plus lié à la liberté qu’on lui laissait dans sa capacité de décision (il faut absolument lui laisser un minimum d’emprise ou de marge de négociation sur une situation sinon c’est l’explosion), et pour la troisième, l’essentiel du problème se cristallise dans l’impossibilité d’avoir un régime exclusivement à base de tétées et de chocolat. Par contre, je connais des familles où le rythme et les routines sont vraiment importantes pour le bien-être des enfants. Différences physiologiques? Différences d’habitudes familiales? S’il y a un rythme, une coupure peut être tout de suite paniquante, mais dans une structure à rythme fluctuant, le changement est peut-être justement la norme, et les repères servant de référents à l’enfant seront alors différents (Lieux familiers plutôt que rythmes réguliers?)

    Bref, c’est un questionnement qui me taraude depuis plusieurs années, depuis que je me suis retrouvée bien incapable de trouver ou donner un rythme ou des rituels à mon aîné. Je n’ai pas l’impression qu’il en ait souffert. Par contre, à présent qu’ils sont plus grands, nous ressentons peut-être plus l’intérêt de trouver des rituels familiaux en période scolaire, puisque la famille est alors soumise à un « rythme » (l’heure de rentrée en classe) et que s’il faut constamment rappeler aux enfants quoi faire pour se préparer, c’est juste la galère. Bon, vous l’aurez compris, la rentrée, c’est la semaine prochaine, et je panique déjà à l’idée de perdre notre doux non-rythme matinal de vacances…

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    • C’est vrai que j’ai eu un rythme assez cadré dès leur plus jeune age parce qu’il y avait bcp de boulot à abattre avec deux, et prémas. Ca m’a sécurisé moi de savoir qu’à telle heure j’allais faire ça et juste après ça et après ça… je voyais le bout du tunnel 😀 Maintenant c’est évidemment plus souple et plus malléable. Mais d’une manière générale, la journée se déroule selon un schéma relativement classique. On ne mange pas à 15h et on ne se douche pas à 8h du mat… mais ça pourrait, ils sont adaptables, c’est juste que ça bloquerait pour certaines choses, très clairement 🙂 Je crois que c’est lié à plein de facteurs et surtout à ma psychologie psychorigide personnelle 😀 Y a évidemment la théorie et la pratique quotidienne qui varie beaucoup d’une famille à l’autre (et heureusement !) … Bon courage pour la rentrée en tout cas et merci du point de vue c’est intéressant de comparer

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