Parce que parfois c’est difficile …

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Hier a été une journée très difficile.
De ces journées où t’as l’impression de te briser de l’intérieur.
Parce que, oui, le congé parental gémellaire, c’est difficile.

Quand on démarre, c’est souvent un choix de vie et un besoin maternel, d’entourer ses enfants, de les voir grandir, de les accompagner. Et ce choix là on ne le regrette jamais. J’ai eu l’immense chance de voir chaque « première fois » de mes enfants. Des plus importantes comme la marche aux plus amusantes comme les découvertes culinaires. De leurs visages dégoûtés de goûter au citron à leur sourire fier de réussir à enfiler leur pantalon seuls. Toutes ces secondes de vie que personne ne pourra me prendre. Elles sont inscrites dans ma tête jusqu’à mon dernier souffle. Et je suis consciente que c’est un luxe. Immense.

Mes enfants aussi, ont eu un luxe. D’avoir une maman présente, accompagnante, à l’écoute. Qui savait – à peu près – comment faire. D’avoir une famille soudée autour d’eux. Pour les aider à grandir. Une mamie qui prend le relais, un papa qui fait de son mieux chaque jour. De l’amour à gogo, sans stress, sans violence, sans complications inutiles. C’est un luxe dont ils n’ont pas à être redevables mais ça joue surement sur leur bien être.

Sauf qu’un parental ce n’est pas juste ça. Ce n’est pas aussi bisounours tous les jours.
On n’ose pas souvent le dire … ça fait la fille qui crache dans la soupe. On n’ose pas avouer que parfois on en a marre. De tout. De l’image que la société véhicule sur les femmes au foyer (feignasse – feux de l’amour – cookeo), du manque d’argent, du manque d’amis, du manque de loisirs, du manque d’aide, du manque de sorties, du manque de pépitos parce que les mômes ont tout mangé !

Je suis seule de 7h du matin à 19h le soir. Je n’ai pas de week ends. Je n’ai pas eu de vacances sans enfants depuis 2 ans. Je n’ai jamais eu de vacances avec enfants. J’ai quitté le pays y a 2 ans, 5 jours. Mes sorties ce sont les courses, l’opticien, la pharmacie, le magasin de jouets, le magasin de vêtements pour enfants, l’opticien, les courses, la pharmacie, l’opticien. Je vois une copine tous les 36 du mois (bon ça c’est ce qui me pose le moins de soucis). Je gère la maison, le frigo, le ménage, le rangement, et surtout les enfants. De a à z. Que je sois malade, fatiguée, déprimée, ça ne change rien du tout. Ils ont confiance en moi. Ils m’attendent. Je dois me lever. Il n’y a pas d’arrêt maladie.

Je me dois d’être souriante, sympa, pas chiante, pas énervée, ayant solution à tous les problèmes, toutes les crises, tous les manques. Je me dois d’être là. Et je recharge mes batteries quand je peux, comme je peux (je fais du sport pendant la sieste ce qui rallonge encore plus mes journées). Je me dois de trouver des activités amusantes et ludiques, des repas sains et équilibrés, des dessins animés et des lectures bienveillantes, des jouets adaptés, de gérer deux rythmes, un choc permanent d’envies paradoxales et simultanées. Je porte sur mes petites épaules leur vie toute entière.

Hier j’ai commencé à étouffer. A plier sous le poids. Au boulot, quand ça n’allait pas, je sortais, pendant ma pause déj, décompresser, boire un starbucks, voir d’autres gens, m’allonger sur la pelouse compter les nuages. Je soufflais. Au pire je déléguais à une collègue le souci que je n’arrivais pas à résoudre, je n’étais que rarement seule devant mes difficultés, ou face à un mur. Une partie de mon salaire partait dans la préparation de projets inspirants (voyages notamment) qui donnaient envie de s’y tenir, d’avancer, de patienter …

Hier, je me suis retrouvée seule. Sans pouvoir souffler. Sans pouvoir sortir. Sans perspective d’un jour meilleur. Sans échappatoire. Entre 4 murs face à deux petits garçons en crise. Face à moi même en détresse. Dém*** toi maman pour trouver une solution. Et de toute façon, aucune ne conviendra. Aucune ne marchera. Tu n’as que tes yeux pour pleurer. A genoux par terre à bien ressentir et ton échec, et ta culpabilité (d’en avoir marre, et elle fait pas du bien) et ta solitude.

J’aurai aimé que ma collègue Lotaya vienne me taper sur l’épaule et me dise « laisse bichette je m’en occupe ». Comme avant. J’aurai aimé être au travail parce qu’à côté de ces journées là, le boulot ce sont des vacances !! J’aurai aimé être ailleurs. Ne plus les entendre pleurer, ne plus avoir à gérer ça. Ne plus être celle qui « a de la chance d’être à la maison ». Les jeter à la crèche, fourguer leurs problèmes à une autre. Rester allongée dans le noir à rien faire.

Mais ma collègue n’est évidemment pas venue m’aider. J’ai du attendre que chéri rentre, en serrant les dents. J’ai du me souvenir du pourquoi j’avais fait ce choix de vie, et pourquoi j’allais pleurer toutes les larmes de mon corps en retournant travailler. J’ai du retrouver confiance et amour en moi. Pour tenir. Pour recommencer aujourd’hui les mêmes gestes, les mêmes routines, les mêmes sourires, les mêmes « bravo tu as réussi à manger ta tartine sans la faire tomber ». Parce que c’est un travail. Comme un autre. Et qu’au final c’est sans doute le plus difficile et le plus ingrat. Mais le salaire qu’on reçoit ne peut payer aucune robe, voiture ou voyage. Il n’a pas de prix.

Oui c’est difficile. Mais un jour ça prendra fin. Et si les journées ont été affreusement longues parfois, les années elles ont été très courtes. J’ai une pensée immense pour toutes celles qui sont à la maison aussi, avec plusieurs enfants en bas âge et qui pourraient ressentir parfois ou souvent ces maux.

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11 réflexions sur “Parce que parfois c’est difficile …

  1. pleine de compréhension! c’est pareil ici…courage pour ces moments de creux et pleurer ça soulage et ça fait du bien, et le dire aux enfants aussi! et l’écrire et le partager aussi!

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  2. Avec un, j’ai déjà ce ressenti, souvent… car mon petit garçon ne m’a jamais laissé beaucoup de répit… mais surtout car le quotidien finit par m’étouffer… les courses, la bouffe, le ménage, le rangement… le peu de reconnaissance… les journées longues et seule, le soir où je dois diviser mon attention en deux entre Tom et l’homme… et moi qui prend soin de moi?… ça finit par me bouffer… j’encaisse j’encaisse et puis un jour j’explose… Ca n’est pas bien, ça n’est pas comme ça que ça devrait se passer, mais ça se passe comme ça et c’est dur à gérer… car je culpabilise, culpabilise de devenir de manière passagère une sorcière contente de rien… et comme toi je culpabilise d’en avoir marre…

    Je n’ai pas de jumeaux, mais quand j’ai Tom et Petit A, qui n’ont que 9 mois d’écart, j’effleure ce que peut être le quotidien d’une maman gémellaire… Et je comprends à quel point cela est difficile, combien cela est différent que de n’avoir qu’un seul enfant…

    Tu es une maman extraordinaire, tes enfants ont une chance incroyable… tu leur donnes tellement, tellement de bagages positifs pour en faire des futurs adultes équilibrés et bien dans leurs chaussettes. C’est normal que parfois tu craques, que parfois t’en ai marre marre marre… Je t’envoie beaucoup d’ondes positives pour tous ces moments difficiles, ces journées trop dures ❤

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    • On va y arriver on se tient la main avec les filles depuis maintenant presque 2 ans. Tous les jours à se motiver à avancer et à faire mieux. C’est une force qui m’aide et me fait avancer… et puis les jours un peu noirs passent et on continue, comme si de rien n’était, jusqu’à la prochaine fois 🙂

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  3. Je comprends totalement tes ressentis.ayant pris un congé parental j’ai eu des moments difficiles, cette solitude et culpabilité et ce manque de souffle était pesant des fois. Mais c’est une des meilleures décisions que j’ai prise et un des plus beaux moments de ma vie! Même s’il a fallu serrer des dents des fois!
    Courage et bravo!!!

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  4. Je n’ai pas pu me permettre de congés parental pour ma fille. Question de sous, tout simplement. Et tu sais, a contrario, je m’en suis pris plein la tronche aussi. Je suis la vilaine mère qui préfère bosser plutôt que de s’occuper de sa fille. Moi non plus, je ne sors plus et je n’ai plus passer une minute sans ma fille, hormis le boulot. Par contre, il est clair que mon boulot est une soupape. Ca me fait sortir, et voir du monde. Je sais que c’est ce genre de discours qui me fait passer pour une mauvaise mère mais tant pis. Il faut savoir avouer que vivre avec un ou plusieurs enfants, c’est loin d’être facile. On leur donnerait notre vie pour un sourire, mais c’est prenant, épuisant et difficile… Bref, même si je ne suis pas tout à fait dans ta situation, je compatis !

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    • et heureusement qu’on se comprend entre mamans ! Loin de moi l’idee de penser que les mamans qui travaillent sont plus heureuses ou que leur vie est plus simple, loin de là… d’ailleurs en avril je serai à nouveau parmi vous avec de nouveaux défis et pas des moindres… Oui je compatis aussi.

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      • Je pense que ta réintroduction dans le milieu du boulot ne va pas être simple, mais peut-être qu’elle te fera du bien aussi !

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      • y aura des ajustements à faire ca c’est sur et des lachers prises aussi sur certaines choses autant pour moi que pour les garçons. Du bien oui mais pas si ça devient au detriment des loulous… suspense ^^

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  5. Je te souhaite beaucoup de courage. Mon meilleurs conseil c’est d’accepter ses émotions. tu as le droit de pleurer, d’être en colère, d’être malheureuse. C’est normal! (oui, je parle, mais je n’applique pas moi même parce qu’en fait c’est super difficile … ^^)

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