Cultiver et faire pousser l’empathie

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On m’avait prédit l’enfer. A partir de 2 ans, les enfants se changeaient en monstres sanguinaires, prêts à faire de leurs parents de la pâté pour chat. Qui plus est, 2 enfants et qui plus est 2 garçons et comble de la malchance des monozygotes , forcément dotés de pouvoirs magiques de transmission de pensée. Face à ce danger imminent, j’allais forcément céder et crier et frapper… Nos seules armes face à la toute puissance infantile… Pauvre de nous.

Sauf que le souci… c’est que c’est loin d’être l’enfer … Mince.

Ils sont sympas, souriants, assez cool et farceurs. Ils ont leurs petites habitudes et leurs petites routines. Leur petite vie bien rangée. Ils sont autonomes, aident volontiers (grand kiff du moment ; ranger les courses dans le frigo et faire la vaisselle), et sont désireux d’apprendre. Des gamins, bien dans leurs baskets, enthousiastes et motivés.
Peu habitués à la grosse voix, ils écoutent et font vraiment au mieux de leurs capacités.
Comme tous les mômes de 27 mois de la terre, ils sont remuants, peu patients, peu discrets et peu enclins à encaisser les frustrations incompréhensibles. Ok. Mais de là à dire que c’est l’enfer….

L’enfer, c’est de perdre quelqu’un de proche. D’être malade. D’être sans cette pulsion de vie qui nous fait avancer. De dormir dehors. L’enfer, c’est pas un petit garçon qui en a marre d’être dans le caddie à courses et qui pleure. Ou qui ne veut pas dormir. Ou qui veut encore un gâteau.

Je n’ai pas à m’armer contre ça. Le problème ne m’appartient pas, c’est l’enfant qui en a un. Moi j’ai juste eu à choisir mon camp. Et je suis donc de ceux qui pensent que laisser un gosse gérer seul ses problèmes avant d’en avoir la maturité, c’est franchement du sadisme. Si moi je ne suis pas empathique, si moi je ne leur montre pas cette valeur là, alors ils perdront la leur. Un enfant ne peut être empathique dans une famille qui ne l’est pas, qui ne cultive pas cela. Il peut le devenir, plus tard, par choix ou par résilience. Mais sa bonté innée sera perdue à jamais. Parce qu’acte après acte, il perdra la confiance qu’il a naturellement en les autres.

L’empathie est venue, un beau matin dans notre maison entre les garçons. Ils ont beau passer chaque seconde ensemble on ne pouvait pas dire qu’ils se montraient des signes d’affection. A nous, oui. Mais pas entre eux. Et puis ça a éclaté d’un coup, comme une grosse bulle. La complicité s’est mise à sauter aux yeux, dans de grands éclats de rire. Des petites attentions (le gâteau qu’on partage en deux…), des jeux (on se prête nos casquettes…), des messages corporels (on se caresse les cheveux, on se colle, on s’embrasse en rigolant…). Les claques et les morsures ont presque disparu. Comme des petites fleurs de printemps, ça a commencé à bourgeonner.

Qu’est ce que c’est important de se sentir une famille. Unis. Tous les 4. Quand on a un problème, on apprend à le résoudre, à 4. On anticipe, on s’exprime, on en parle. On n’est pas des sauvages à se hurler dessus, les uns sur les autres, à longueur de journée. A sadiquement se faire peser des choses sur les épaules. A mettre des bâtons dans les roues de nos propres enfants !

Alors peut être qu’ils sont plutôt cools comme enfants, mais peut être aussi qu’on est de bons parents ?! Tous les 6 mois on me prédit l’enfer et tous les 6 mois on passe le cap. On n’est pas des génies ou des « meilleurs que les autres ». On essaie juste de cultiver quelques graines, de les regarder pousser, doucement.
Dans Reggio, la création, l’imagination, la détermination à trouver des solutions s’appliquent aux apprentissages dits « scolaires » mais ça ne peut pas s’arrêter juste à ça. Ca implique forcément un apprentissage de valeurs humaines. On se doit en tant qu’être humain, en tant que parent ou en tant qu’enfant, d’être créatif, imaginatif et déterminé.
Quand je vois mes garçons s’imposer au toboggan, prendre ce qui leur est dû (l’ordre de passage ^^) mais sans jamais prendre ce qui appartient à autrui, je sais, déjà, que les fleurs que j’ai planté ont pris racine.
Les endurcir pour qu’ils apprennent soit disant à être obéissants et sages, et adaptés au monde violent dans lequel ils vont vivre est une aberration pour moi. Endurcir un enfant …. franchement…On consomme tellement tout, tellement vite qu’on s’imagine vraiment que ça marche comme ça avec un processus aussi lent et aussi important que « grandir » ??

Rigoler en arrosant des fleurs, c’est maintenant. Faire des bulles de savon, se salir, chanter dans le tramway à tue tête, courir partout, sauter sur le lit, courser le chat, faire des câlins, avoir peur de l’orage, ne pas vouloir faire dodo, c’est maintenant. Personne n’a le droit de leur enlever ça.
Ils ont toute la vie pour apprendre à frapper, à crier, à s’énerver… mais la douceur, l’empathie et l’amour, ça ne peut pas attendre demain.

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9 réflexions sur “Cultiver et faire pousser l’empathie

  1. Je retiens ta phrase : « alors peut-être qu’ils sont plutôt cools comme enfants mais peut-être aussi qu’on est de bons parents?! »
    Ça, ça me parle totalement. J’en ai marre d’entendre : »oui, mais toi, tes enfants sont faciles ». Comme si on niait ma responsabilité, mon « boulot » de parents et d’éducateurs. En gros, j’ai juste eu du bol à la distribution et tout le mal que je me donne pour réfléchir avant de leur parler (ou crier dessus), ou pour mettre de côté l’ancienne matérialiste en moi (« ok, ils ont encore dévasté ma collection de figurines mais ce sont juste des objets ») sans devenir une mégère autoritariste, c’est du pipi de chat.
    Mais moi, je crois comme toi. Que si nous non plus nous n’avons pas de petits « monstres » à la maison, c’est parce qu’on a décidé avant tout de ne pas les voir ainsi. De réaliser que ce sont nos enfants, des petites personnes dignes de respect, à qui l’on doit sécurité et amour et qui nous rendront ce que l’on sème.
    Alors on sème tout pleins de câlins, de confiance et de rigolades.
    Et à l’inverse, je n’aime pas ceux qui blâment sans cesse leurs minis parce qu’ils sont prétendument « difficiles » et que du coup, ils ne veulent pas leur faire confiance et ne les lâchent pas deux minutes.
    Mais bon, je ne peux pas comprendre, les miens sont « faciles »…

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    • C’est tout à fait ça !! Quand je suais à grosse goutte pour les caler, les endormir à bras, recroquevillée par terre à leur tapoter les fesses pour qu’ils dorment, quand je me suis prise la tete pour savoir comment securiser un enfant la nuit etc … « ah mais les tiens dorment bien t’as de la chance »….idem avec le « ah mais tes enfants mangent de tout » …Bien sur il y a sans doute une part de chance, de genetique… mais comme tu le dis très bien, il y a aussi 27 mois à ne pas voir en eux des « ennemis » à mater. Oui c’est de l’ordre de la décision. Mais je connais de nombreux parents qui ont du mal à l’admettre… surtout quand ça se passe mal… C’est dur d’en porter la responsabilité…

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  2. Je suis tellement d’accord avec Hellvis! À partir du moment où le gamin est difficile, c’est la faute des parents, mais si le gamin est sympa, les parents ont de la chance… Je ne nie pas la part de chance et d’inné, mais même un gamin naturellement calme et paisible deviendra difficile s’il est malheureux. Je crois. Il me semble.
    Sinon t’as été absente longtemps mais je te pardonne, parce que moi j’ai été virée de Facebook – juré c’est vrai. Nous revenons quasiment en même temps.

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  3. Ton billet fait écho en moi. Depuis peu, fiston nous lance des « T’aime maman. T’aime papa. » comme ça, sans prévenir. Et de réclamer de « gros câlins ». Du jour au lendemain.
    Pourtant, paradoxalement, depuis notre retour en Allemagne après un mois d’absence (ma mère est décédée deux jours après l’anniversaire de fiston), il s’est mis à tirer la queue de notre chat. Et c’est devenu une obsession, telle qu’il se met à pleurer « tirer queue! » si je l’en empêche. Le chat se contente de miauler, ne riposte pas. Alors fiston continue. J’ai beau lui expliquer que ça fait mal, que le chat va finir par le griffer, il n’en démord pas et course le pauvre animal à travers tout l’appartement.
    Je pense que les événements des derniers mois comme la perte de sa mamie ou le fait qu’il soit resté un mois sans voir physiquement son père (j’ai voulu rester avec mon père pour l’aider à la paperasse car il est malvoyant) doit forcément jouer. Mais j’avoue que ça me décourage de le voir rire alors qu’il tire la queue du chat qui ne lui a rien demandé.
    Des fois, je me dis que j’aurais beau l’accompagner au mieux, l’entourer de bienveillance, il y a des événements dans la vie qu’on ne peut pas contrôler et j’ai beau avoir essayé de l’en préserver, même si je lui ai dit la vérité sur sa mamie (et en même temps, devoir aller au cimetière tous les jours, il fallait bien que je lui explique ce qu’on fichait là), cela l’impacte fortement et je me sens dépassée. Lui qui a toujours été très demandeur, il l’est encore plus. Il est dans une phase régressive sur certains points (il veut toujours que je le porte) mais au niveau du langage, c’est l’explosion. J’essaie de le faire verbaliser, travailler les émotions pour qu’il ne reporte pas son mal-être sur le chat, mais c’est pas facile…
    Je me dis que ça va passer, mais c’est un peu fatiguant. Surtout quand on a ses propres émotions et regrets à vivre…

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    • Oui il y a à mon sens plusieurs choses.
      D’abord il y a des periodes tres intenses et tres fatiguantes où une compétence emerge et où ils sont (en tout cas les miens) à fond ! (petits repas, petits dodos etc…). Et « pop » ca apparait.
      Ce sont en meme temps des moments tres peu securisants pour eux. Ils sentent très bien qu’ils peuvent aller plus loin et ont besoin d’avancer. Mais de revenir à la base aussi. C’est la metaphore du porte avion de Filliozat. L’avion part loin mais revient faire le plein et a un mouvement en etoile finalement autour de la figure d’attachement.
      Si s’ajoute à ça ta douleur et quelques changements de rythme et la douleur qu’il ressent très bien, oui c’est possible que ca fasse beaucoup et je vous souhaite de vous cocooner à fond, de prendre soin les uns des autres, de reprendre votre rythme, que la vie continue en somme… J’ai vecu aussi un deces y a à peine 2 semaines et ca a « t » tres difficile de pas s’ecrouler devant les enfants. On leur en a parlé brievement mais sans rentrer dans un quelconque detail. Et on a repris notre « petite vie » …
      Pour le chat, j’ai tendance à penser que c’est une « cause à effet ». Je tire, et j’observe ce que cela provoque. C’est ce qu’on appelle dans le langage courant « l’enfant teste » … L’idée est souvent connotée negativement mais c’est dommage un enfant a besoin de tester… alors peut etre lui trouver un autre cause à effet plus passionnant que le chat ?
      En tout cas je vous souhaite plein plein de courage ❤

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      • Merci pour ta réponse. Je pense que tout cela joue. Cela n’a pas été possible d’évoquer brièvement le décès de ma mère. Il a été plongé dans la tourmente du dernier mois sans que j’ai le choix. J’ai fait quelques voyages en France pour voir ma mère entre le moment du diagnostic de cancer et son décès. Sans parler de la dernière semaine, quand il a fallu rentrer en catastrophe. J’ai dû le laisser à ma belle-famille de nombreuses après-midi (il y avait aussi mon mari) pour aller visiter ma mère et finalement deux nuits (c’était la première fois) pour veiller ma mère avant qu’elle ne décède. Puis, nous sommes restés un mois tous les deux chez mon père à faire les papiers. Donc, oui, je pense que ça doit pas mal jouer, certainement, d’ailleurs.Il est souvent en train de refuser. De changer d’avis toutes les deux secondes, comme dire « promener » puis « promener non! » Ou alors de demander « dodo, promener, tétée » en moins de trente secondes.

        Pour le chat. Ok, il teste, mais on ne souhaite pas qu’il fasse du mal aux animaux. D’ailleurs, réaction du chat hier, il l’a mordu. Mais cela ne l’a pas empêcher de retenter. Est-ce que renverser son verre par terre pendant le repas est aussi un « cause effet » ? 😉 Je cherche, je vais bien finir par trouver quelque chose de plus passionnant que de faire miauler le chat.

        Merci pour res encouragements. J’espère que de ton côté, ça va aussi. Tu as repris le sport ? Marcher avec fiston, ça compte ? 😉 Bon courage à toi aussi.

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  4. J’aurais pu écrire ca aussi : « Comme tous les mômes de 27 mois de la terre, ils sont remuants, peu patients, peu discrets et peu enclins à encaisser les frustrations incompréhensibles. Ok. Mais de là à dire que c’est l’enfer…. » Notre petit lapin a 25 mois et on a pas encore experimenté le terrible two, comme tu dis. Bien sûr, il pleure, des fois plus longtemps que d’autres. Mais rien ne nous a semblé insurmontable. Avec mon mari, on se dit souvent qu’on forme une belle équipe de parents, surtout quand on pense aux premiers six mois de notre lapin qui pleurait beaucoup beaucoup beaucoup. La patience et l’amour font beaucoup.

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