Qu’est ce que je fais pour ne pas craquer ?

f57c8602eccfe0f13c320985a8309e0aSuite à une demande très sincère, j’ai décidé d’écrire cet article et de rester dans le pragmatique et le concret. Ca n’engage que moi et je ne dis pas que c’est LA solution ou que ca marche à CHAQUE fois. C’est juste ce que l’on fait ici, tous les jours avec les garçons pour éviter toute violence éducative ordinaire (VEO pour les intimes).

Déjà, prenons un cas de figure concret. (réel).
Il est 11h 42. Damien et Mathias, deux petits jumeaux de 21 mois ont faim et commencent à fatiguer. Ils sont donc chouinoux. Maman a du ramasser une bêtise du chien et est donc en retard pour la cuisson du riz. Elle s’occupe de cuisiner quand les deux garçons, lassés de jouer, décident qu’il faut manger TOUT DE SUITE. Maman n’a malheureusement aucune entrée à proposer et décide de les asseoir et de leur donner un petit jeu pour patienter.
Jusque là ok. Sauf que Damien n’a aucune envie de jouer. Et se met à pleurer, à hurler et à demander les bras. Maman tente de lui expliquer plusieurs fois que ça cuit et que ça va arriver. Mais Damien s’en fout de la cuisson il monte en pression il veut MANGER. Maman en versant la casserole de riz dans l’égouttoir avec Damien qui hurle et lui tient la jambe, se brûle à l’eau bouillante, hurle, damien re-hurle, mathias re-hurle et se jette par terre en tapant des pieds. Y a du riz partout. Il est 11h58.

Suite logique de VEO (qui prend 10 secondes) :  Maman, à bout, explose, prend les enfants, leur hurle dessus, les punit dans la chambre, retourne finir le repas, récupère des enfants « calmés » et tout le monde mange tranquillement ou presque.
* maman a explosé
* maman a crié / frappé
* les enfants sont punis
* mais tout le monde finit par manger. Le but semble atteint.

Sauf que concrètement, maman n’a pas su gérer sa colère, sa frustration, son propre stress. Elle a donc passé ses nerfs sur les enfants. Qui eux, avaient juste faim et n’y étaient pour rien du retard pris à cause du chien, ni de la brûlure de maman. Ils n’ont pas été calmés par le fait d’être punis et par une illumination empathique soudaine mais par le fait d’être « sortis » de cette situation pesante de stress. Un animal attaque, se fige ou fuit lors d’un stress. Nous aussi. Là on a provoqué une « fuite » violente pour eux. Et maman elle a attaqué. Les enfants ont payé les pots cassés : 1) du chien 2) de leur mauvaise gestion de frustration donc de leur petit âge 3) d’être là tout simplement. 

Les erreurs de la situation : 

Si on prend du recul vis à vis de la situation, on se rend pourtant bien compte qu’il y a eu des erreurs de faites. Et à 21 mois, les erreurs sont TOUJOURS de la faute de l’adulte. A 15 ans c’est différent. Mais d’ici là l’adulte gére l’enfant (et son repas) donc il est le coupable. Déjà faudrait apprendre à accepter ça (sans que cela nous renvoie à notre enfance et à notre culpabilité d’antan).
Maman manque sur le coup cruellement d’anticipation et d’organisation. mais bon ça arrive. Elle a un contre temps et ne peut pas vraiment faire autrement. Ca arrive de se rater sur les horaires etc… Dans l’ordre, il est plus simple : d’asseoir les enfants, de leur donner un jeu, de lancer le riz, de ramasser la bêtise du chien. 

Maman est DEJA dans le rouge. Elle sait deja que ca va exploser. Elle a été enervee par le chien et sans doute par un sentiment confus que ca ne roule pas comme d’habitude. Donc elle est frustrée et en stress. Elle a peut etre meme un retour de « t’es nulle, tu gères rien du tout pauvre tache ».

Donc dans l’ordre ça donne : asseoir les enfants, de leur donner un jeu, de lancer le riz, de ramasser la bêtise du chien. SE CALMER. revenir cuire le riz.

Revenir dans le orange, idéalement dans le vert. Allez faire un tour, boire un verre d’eau, caresser le chien, lui dire que ça arrive, en rire, chanter une chanson, bref faire redescendre la pression.

Suite logique qui a eu lieu ici par ENV (éducation non violente) qui a pris 5 minutes :

Je me suis sentie dans le rouge. Je me pose souvent la question dans quel état je suis. Le doigt brûlé et les enfants hurlants, je suis carrément dans le bordeaux. Oui je suis humaine. Je dois descendre en pression directement. Sinon on court au drame ^^
Je me suis assise par terre, avec eux dans les bras. J’ai dit « je suis désolée je suis en retard sur le repas, et je me suis brûlée maman a bobo ». EXTERIORISATION DE LA FRUSTRATION. J’ai chanté une chanson qu’on aime bien. « Je sais que vous êtes petits et que vous ne savez pas ce que c’est que la cuisson ou être patients, mais maman a besoin encore de 5 minutes pour finir le bon repas ». EMPATHIE.
Je les ai fait asseoir et j’ai mis sur mon téléphone une petite chanson. Attrait pour la nouveauté (et le téléphone !) DETOURNEMENT D’ATTENTION. J’ai vite fini mon repas et on a tous mangé dans le calme. Le vrai.

*extériorisation de sa propre frustration par le « je … »
*empathie et compréhension de l’enfant qui ne sait pas encore bien attendre, à 21 mois. Sa réaction explosive est normale à cet âge là.
*détournement d’attention : écartement de la zone de stress. Personne n’a à fuir ou à attaquer. Le danger est parti.

Comme disait très justement Isabelle Filliozat pendant sa conférence, punir, frapper, crier, c’est mettre sur la casserole qui bout un couvercle. Ca ne résout rien. Et si ça génère une solution, elle est à court terme. Les enfants en VEO n’ont rien appris. Juste que maman stressée explose et qu’ils paient pour ça. Pour n’être que des enfants qui ne savent pas encore, ce que visiblement maman ne sait pas non plus = se gérer. 
L’enfant en ENV voit et donc apprend que parfois, oui, on est énervés. Ca arrive. Même à SuperMaman ! Mais que pour se calmer : il suffit de le dire (‘je … »), il suffit de recharger les batteries (calin, chanson, bisous, rire) et il suffit de passer à autre chose (détournement). C’est le processus normal de toute dispute. On en parle, on se pardonne et on ne reste pas bloqués sur la chose. C’est un VRAI apprentissage, long et minutieux. Avec des échecs et des doutes. Mais ça paie. Toujours.

Alors on entend d’ici les « oui mais le mien est horriblement difficile », « oui mais ils sont encore petits tu verras à 4 ans » « oui mais je sais pas faire, ça marche pas avec moi »…. Dans tous les cas, posez le souci sur papier par ex et prenez le recul de regarder où se situe l’erreur à la base. Qu’est ce qui est de votre ressort et qu’est ce qui est du ressort de l’enfant ? Qu’est ce qu’il a appris de votre solution ? etc … Aucun enfant sauf cas particulier et médical n’est « horriblement difficile ». C’est une étiquette qu’on lui a collé. Et il vit avec et ca influence forcement ses proches. Mes enfants dans 4 ans auront 4 ans d’ ENV en plus. Alors oui on verra dans 4 ans mais je ne suis pas sûre d’être la plus étonnée des deux. Et encore une fois cette solution ne marche pas sur les enfants. Mais SUR VOUS.

Bon courage les parents et si vous avez des cas concrets à nous exp(l)oser n’hésitez pas, on cherchera à décrypter ensemble ❤

Publicités

13 réflexions sur “Qu’est ce que je fais pour ne pas craquer ?

  1. Moi, je me force à chanter, même si j’ai pas toujours l’envie ni la force (et que je chante comme une casserole mais bon)… mais finalement, ca me détend. Et après, même si ca n’a pas calmé mon petit bonhomme, je suis plus calme pour lui expliquer ce qui se passe etc. Il ne comprend pas toujours non plus ce que je lui raconte, mais un jour si… Voilà c’est ma technique à moi.

    J'aime

    • l’important c’est vraiment de changer de zone rouge à zone verte (Gordon) et tous les moyens sont bons. Mais c’est important et rassurant je trouve de se dire qu’on a Sa technique à soi. Merci pour le témoignage

      J'aime

  2. Exactement. L’éducation positive ça parle des parents, plus que des enfants. J’ai un article en tête sur ce sujet d’actualité, je vais finir par l’écrire. Si. Il faut me croire.
    Super de donner des exemples concrets! Tu devrais lancer un défi: demander à tous les parents qui suivent ce courant « bienveillance » de partager un exemple concret, comme celui-ci, sur leur blog. Un cas, la réaction réactive (je pète un câble sans prendre le temps de me poser) et la réaction proactive (je refuse de réagir directement suite au stimuli, je tente de prendre le temps de choisir ma réaction). Je suis sûre que ça aiderait plein de monde d’avoir des idées auxquelles se référer.
    Aussi ce qui m’intéresserait, ce serait de savoir ton cheminement, ce qui t’a menée à cette approche.
    Sinon qu’est-ce qu’on gagne quand on repère la petite allusion à Nougaro dans ton article? 😉

    J'aime

    • oui c’st une bonne idée j’vais en parler autour de moi pour voir.
      j’ecrirai un jour mon cheminement oui tu as raison c’est une bonne idée de temoigner de comment on en arrive à éduquer comme ça 🙂
      Mon amitié éternelle 😀

      J'aime

  3. J’aime beaucoup les situations concrètes, c’est toujours plus simple de s’en inspirer, d’y réfléchir, de comprendre les mécanismes. Merci du partage 😉

    Ici quasi la même situation il y a un mois environ. Repas pas prêt (j’avais oublié d’allumer la plaque de cuisson, grrr) mais les deux petits étaient à table et réclamaient à manger.
    Je me concentre deux secondes sur ma respiration, je sais qu’une solution existe forcément, et puis eurêka :  » Aujourd’hui, les enfants, repas à thème : on mange à l’envers. Tous à table, on commence par le dessert !!! » J’avoue avoir eu peur qu’ils refusent le salé mais non, le repas s’est très bien passé et mes cuissons étaient au top à la fin de la compote 😉

    Aimé par 1 personne

  4. un petit témoignage : Mon enfant est encore tout petit (15 mois), donc je n’ai pas de situations « dans le rouge ». Cela dit, lorsque je sens un peu le stress monter, pour x ou y raison, ce qui marche c’est redoubler de gentillesse et de douceur. Cela fait retomber la pression pour tout le monde et tout le monde s’en sort plus heureux. Je respire (très important), je me dis que rien de ce qui est en train d’arriver est la FAUTE de mon enfant, je prend mon enfant dans les bras !

    J'aime

  5. Super article 🙂
    Ici on est pas des pros de la bienveillance, mais on essai de tout notre coeur, et quand ça rate bah on explique pourquoi.
    Quand la situation dégénère, j’ai deux  » technique ».
    Soit je sent que ça va pas aller, que c’est entrain de monter des deux côtés. Et je chante, j’invente une chanson sur la situation en dansant et en faisant des bruits rigolos.
    Soit j’ai rien vu venir et la j’ai qu’une envie, mettre pause ou l’envoyer ailleurs.
    La chienne dans mes pattes, le manger qui crame, le chat qui miaule, bébé s’agrippe a ma jambe…
    Bon généralement je fait degarpir ma chienne, j’ouvre au chat et je souffle. Je regarde mon bonhomme et je me demande ce qui ne va pas, il a faim, il est fatigué, frustrer ? Comment cest passé la journée ? En quelques secondes je me remet en contexte.
    Et on fait un gros câlin ! Et qu’est ce que ça soulage.
    Je le serre contre moi, lui parle, je lui dit que je l’aime et ce que je suis entrain de faire.

    Mais je l’avoue, je ne gere pas toujours bien. Je n’ai jamais frapper ni puni ( en même temps il est tout petit), mais je hausse la voix, pcq j’ai une toute petite voix ( quand je hausse la voix pour les gens je parle normalement c’est pour dire), et je lui exprime clairement que la ça ne me va plus du tout. Stop c’est stop, ce ‘n’est pas négociable parce que telle ou telle raison.
    Qu’il a le droit de ne pas être d’accord, qu’il a le droit de l’exprimer mais que je ne changerais pas d’avis ( et sa fini quand même en câlin lol).

    Il va avoir 18 mois, et on est en plein dans le  » tu me dit d’arrêter mais je fais quand même, en te regardant et avec le sourire », pas toujours facile de garder son calme.
    Mais ça en vaux la peine, ce sourire en vaux la peine 🙂

    J'aime

    • hihihi j’ai écrit un autre article pour résumer ce que je faisais pour ne pas craquer, dans la rubrique educ.bienveillante ^^ Et finalement oui ca y ressemble 😀 le sourire n’est pas forcement à interpreter de maniere « malicieuse et machiavelique » l’enfant est tout simplement content de tester quelque chose … ca n’a rien d’evident ! Bon courage en tout cas 🙂

      J'aime

      • De toute façon, même si c’était malicieux, je craquerais quand même. Parce qu’il ne sait pas sourire de toute ses dents et garder les yeux ouverts en même temps.
        Franchement ca vaux le détour de le voir sourire/fermer les yeux – ouvrir les yeux / fermer la bouche encore et encore 🙂

        J'aime

    • Le cerveau ne sait pas interpreter la negation donc « arrete de www » : il fait www pour vérifier.
      Solution : soit on dit « Oui, c’est bien ca que je voudrais que tu arretes », soit on formule le truc de facon positive
      arrete de crier => parle doucement

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s