La crise, elle est dans ma tête.

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Deux petites têtes dépassent du chariot, coincé dans la longue file de caisse, qui serpente. Ca papote d’une petite voix aigüe pour savoir si oui ou non, Hulk est plus fort que Spiderman quand il arrête le train qui tente d’écraser Flash McQueen.
A grand renfort de mimes pour mesurer l’impact probable du train, les minutes passent.
La caissière passe les articles, rangés par catégories (oui on est maniaques).
« Sont bien calmes vos enfants ! On en voit des cas !! z’ont pas l’air de faire des crises » me lance t’elle.
Elle est ni jeune ni vieille, ni belle ni moche. Elle a bien réussi son eye-liner. Ce qui déjà marque mon respect.
« Les crises, elles ont lieu dans ma tête » me dis je. Mais Yeux de Biche risque de ne pas comprendre et j’ai pas tellement envie d’expliquer.

Mes enfants font des crises. Ca hurle, ça se roule par terre, ça tape du pied, ça grince des dents et ça se bagarre. Mais 9 crises sur 10 se passent dans ma tête. En amont de l’événement lui même.

Bien sûr il y a sans doute des caractères et un peu d’atavisme plus prédisposés à ne pas transformer les courses en champ de bataille. Mais il a surtout 99% d’anticipation. Sans déconner, l’impro et moi on n’est pas copines du tout. A chaque fois que je tente, on se vautre. Moins maintenant car ils ont aussi pris des réflexes (maniaques …). Mais pendant des années, très peu de choses ont été laissées au hasard.

Je ne suis pas la mère angoissée qui se promène avec un garde manger dans le sac « s’ils ont faim ». Je suis celle qui ne se promène pas si les enfants sont susceptibles d’avoir faim (bon mon exemple est foireux parce que les miens ont tout le temps faim. Mais c’est dans l’idée…).

Je n’accumule pas mille solutions. J’évite le problème. Si problème il peut y avoir, je pars du principe que : soit mes enfants sont encore trop jeunes pour la dite-activité, soit elle ne présente aucun intérêt pour eux, soit l’activité n’a pas atteint le stade du « bien organisé » nécessaire à sa bonne exécution et dans ce cas elle est retardée jusqu’à ce que ça me paraisse correct.

Je ne suis pas une angoissée. Je suis une évitante. Et d’ailleurs fait terrible pour une bienveillante, je n’évite pas la crise à mes enfants mais bien à moi.
J’ai une sombre horreur de les entendre chouinasser et je me fais rarement avoir deux fois de suite.
Ca demande un peu de boulot avant, certes. Mais ça m’évite de trainer par la main deux enfants larmoyants désireux de se jeter à terre dans un accès grandissant de théâtralité sous le regard énervé (dieu sait pourquoi) des passants, devant de tels capricieux.

Mes gamins sont donc calmes, sereins et non capricieux. Parce que les activités ont été organisées pour qu’ils soient ainsi ! Dans le Larousse, calme donne : tranquillité, maîtrise de soi, paix de l’esprit. Alors comment assure t’on la paix de l’esprit d’un gamin de 4 ans ?

Déjà on y va quand ils sont tranquilles. Pas quand on peut, quand on veut mais quand ils sont open. Le matin par exemple. Tout connement. Avec un peu d’observation, c’est pas compliqué à faire. Les emmener faire les courses lorsque NOUS nous sommes tranquilles n’a aucun sens puisque nous nous avons appris à l’être, quasiment partout. Or pour l’apprentissage, on ne peut pas les envoyer directement à la flotte ! La plupart des gens que je croise, font faire aux enfants des choses quand ça les arrange eux. Sous peine de passer pour l’esclave de mes enfants, de ces enfants rois qui choisissent même quand faire les courses…. « en attendant, moi les miens sont calmes »… Et s’ils ne le sont pas pour X raisons et que je ne le sens pas et que j’ai quand même besoin de m’alimenter … y a le Drive !

La maîtrise de soi, comme 2e élément, vient avec l’habitude et par petites touches. On commence pas par peindre la Chapelle Sixtine, on dessine d’abord des bonshommes patate ! 5 minutes dans la foule. Puis 30 puis une heure etc… Ca me paraît pas surréaliste non plus de prendre ça comme un apprentissage. « Mon enfant n’a aucune patience » … a t’il appris à être patient ?

Paix de l’esprit. Comment un enfant est il en paix ? Sent il que vous maîtrisez la chose ? voit il votre organisation, vos listes ? Vous voit il errer de rayons en rayons ? Vous énerver ? Passer 30 min à comparer des pots de rillettes ? Chercher l’autre membre de la famille parti depuis une heure « chercher du lait » ? Si vous n’êtes pas zen, comment voulez vous qu’il le soit ? Pourquoi le serait il ?

Il faut finalement bien se connaître. Savoir ce qui nous, nous apaise. Pour l’être et le transmettre. Toujours les théories de couleurs de Thomas Gordon. Si nous sommes dans le rouge, il est quasi impossible que l’enfant soit dans le vert bien longtemps.

Alors comment ça se passe pour nous ?
Et bien de zéro à 4 ans, nous avons dit non à toutes ou presque propositions entraînant du rouge chez nous ou chez eux ou chez tout le monde ^^. Ce n’est que maintenant que nous acceptons petit à petit d’y aller avec les enfants et de gérer sur place. Maintenant qu’ils ont appris (lentement et au prix de nombreux efforts) à gérer certaines données (rester calme, manger seul, ne pas courir etc…) nous permettant, à nous aussi, de profiter de l’activité. Il ne s’agit d’ailleurs pas de les surprotéger mais d’y aller doucement. L’oiseau a besoin de muscler ses ailes avant de partir du nid, il ne se jette pas dans le vide, en espérant « gérer une fois sur place ».
D’ailleurs l’école a beaucoup contribué à m’aider dans la démarche ! Ils y ont appris à marcher doucement, à se donner la main, à faire attention, à chuchoter si besoin, à attendre leurs tours etc… Plein de petits apprentissages « sociaux » mine de rien fort utiles qu’ils n’avaient pas en septembre.

Nous sommes par exemple actuellement en « entraînement » pour profiter au mieux de grands parcs d’attractions (Disney notamment), de châteaux, de musées. Traîner deux enfants crevés raleurs dans la poussette ça ne m’a jamais tenté donc j’ai vaillamment attendu mon heure pour que ça se passe au mieux. Pour nous TOUS !

Et je savoure cet âge. Ils sont devenus très concentrés, curieux et à l’écoute. L’âge d’or des 12-18 mois se voit lentement détrôner par le 4 ans et +. La concentration étant très utilisée pour les cadrer, ça donne des sorties qui se passent de mieux en mieux et ça fait du bien. Beaucoup de personnes trouvent que c’est exagéré, qu’il n’y a pas besoin d’anticiper à ce point, de s’imaginer le pire et mille crises potentielles dans sa tête etc… Mais tant mieux, j’expose juste ce qui moi me rassure et fonctionne sur moi. Dès lors que moi je suis assurée, ils suivent sans soucis. Je passe pour quelqu’un de calme et de stoïque et c’est très bien ainsi.
Ca impressionne les caissières aux yeux « papillons bleus »

 

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5 réflexions sur “La crise, elle est dans ma tête.

  1. Très bon article ! Effectivement, de plus en plus, nous laissons les enfants choisir l’ordre des choses (manger avant ou après la douche, manège puis toboggan ou l’inverse etc….) et nous suivons ce mini programme tout en organisant en amont l’ensemble pour gagner en cohérence… Ils apprennent ainsi j’imagine à être entendus et à peser dans la vie familiale. Ca permet de lâcher du lest et de plus facilement négocier aussi (on fait comme moi je veux et après on fait comme toi tu veux)

    Aimé par 1 personne

  2. oui j’essaie aussi parfois de faire en fonction de leurs état (et du mien) mais il y a quand même des crises (et en ce moment beaucoup…la chaleur? manque de temps pour moi?…les enfants sont des miroirs…ou fin d’année…) bref je compare souvent ma vie de maman à un jeu de cartes (lesquelles figures ce qu’il y a à faire) que je joue en fonction des possibilités…bref et pour les courses pas trop de souci en général ils adorent, surtout qu’ils participent très activement à remplir leur chariot ou panier, à vider sur le tapis (ça fait sourire tous les adultes!) et petit tour sur le cheval de la sortie (sans pièce, et vive le petit supermarché de village où on connait presque tout les gens! et ils sont assez réceptif au non en réponse à leurs envies).
    Par ailleurs j’essaie d’anticiper et d’organiser, et sinon d’y aller avec souplesse et légèreté pour gérer toute crise éventuelle…ou si je sais que ça va criser d’être apte à recevoir la tempête. Et parfois ça n’est pas la période (comme en ce moment…)

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    • entierement d’accord, la charge mentale en ce moment est tres importante et la chaleur + fin d’année est un combo explosif ! Tout le monde est crevé et énervé c’est bcp plus difficile à gérer… on fait comme on peut, petites batailles par petites batailles ! Courage !

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