La fatigue, ennemie numéro 1

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Quand tu attends des jumeaux, on te laisse imaginer à peu près ce qui t’attend.
L’anesthésiste m’a dit « oh j’ai des jumelles, j’ai cru mourir avant leurs 6 ans… bon je pique attention respirez (ah zut j’ai raté je repique !)… »

T’es comme le surfeur avec sa planche, à regarder l’océan se déchaîner et les rouleaux arriver vers toi. Tu sais que tu vas devoir y aller et les encaisser.
Tant bien que mal.

Certains se feront aider, d’autres les mettront à la crèche, iront travailler ou passeront leur temps chez la famille. D’autres seront plutôt casaniers et seuls, par choix ou par défaut. D’autres déplaceront des montagnes d’activités et certaines deviendront abonnées à Gulli. La plupart feront un peu tout ça. Un peu ce qu’ils peuvent.

Mais on a tous un point commun, contre lequel il faut lutter, c’est la fatigue. Même pour un parent bienveillant, c’est l’ennemie à abattre.

Ca te prend dès le début, parfois même avant d’accoucher. Et ça ne te lâche plus. Ca te fait faire n’importe quoi (verser le café dans le bib… ou le lait autour du bib… ou le bib dans le frigo… ), ça te fait penser n’importe quoi (j’y arriverai jamais, je suis la pire mère du monde, j’vais le tuer, j’vais mourir …) et ça te fait être n’importe qui.

Ca n’a rien à voir avec « adopter le même rythme de repos que bébé » ou « déléguer sans hésiter avec papa »… nan c’est une fatigue certes physique, mais elle est à 90% mentale.

C’est un stress qui te prend chaque seconde de ta journée. Pas le stress au sens où on l’entend négativement, non ça se sont des bêtises de magazines pour nenettes. Non le stress est un stimulus exogène. Un truc qui te titille non stop de l’extérieur. Un signal qui clignote quelque part autour de toi, tout le temps. T’en gères des millions par jour. Et ton enfant t’en fournit un bon paquet.

Mais quand t’es crevé. Quand t’es à bout de forces. Quand tu comprends pourquoi la privation de sommeil est une torture absolue… ce stimulus clignotant devient un néon en pleine gueule. Tu ne vois plus que ça.

Il ne dort pas. Il ne range pas ses jouets. Il pleure. Il veut ci et ça. Il pleure. Il ne dort pas….Alors de manière ancestrale, devant un stress, t’as 3 choix.

Soit tu ne fais rien. Tu es comme un lapin pris dans les phares de la voiture.
Soit tu attaques.
Soit tu t’enfuis.

Sur le papier, face à un enfant qui pleure par exemple, de ce petit pleur qui tape bien sur les nerfs, rien faire est quasi impossible, attaquer n’est pas légal et s’enfuir encore moins. Alors ce pour quoi tu es programmé, ce que tu dois faire … bah tu peux pas. Et c’est usant. Jusqu’à la corde.

Tu as face à toi un truc qui t’agresse, à fond les ballons, et tu ne peux rien faire. La plupart des parents choisiront l’attaque ou la fuite… je t’en colle une pour te donner une raison de pleurer OU oh si c’est comme ça vas y pleure je m’en fiche je m’en vais….Bon on va dire que sur ce blog on essaie de voir s’il n’y a pas d’autres solutions !

La seule manière c’est de positiver cette fatigue. Tu peux dormir 7h de plus par nuit, ça ne changera rien finalement. Tu vas reposer ton corps mais le néon qui clignote sera encore là.
Positiver tes actions ancestrales possibles.
Je ne fais rien : je reste calme. Je comprends, le cookie est cassé tu ne veux pas le manger c’est un drame atroce, que peut on faire ?
J’attaque : quoi ? le cookie est cassé ? oh mince viens vite on va en trouver un autre !
Je fuis : tu préfères pas qu’on épluche quelques bâtonnets de carottes ? Attends maman se boit un café et on se fait ça tous les deux après.

En fait ce n’est pas l’enfant qui est agressant. Le néon qui clignote ne cherche pas à te nuire. Il clignote c’est tout. C’est son destin de néon de clignoter. C’est à toi que ça tape sur les nerfs. Pourquoi ?

Bonne question. Parce que c’est humain. C’est instinctif. C’est même fait pour. Ca permet la survie de l’espèce ! C’est en grandissant que l’enfant apprendra à exprimer ses sentiments et à moins pleurer. Mais t’apprendras aussi à mieux écouter… Et à t’écouter toi.
Parce que ça t’évoque des choses du passé. Tes propres pleurs. Parce que ça t’évoque le parent que tu es et dont l’enfant souffre… Parce que c’est désagréable…

« là ça m’agresse. » c’est pas évident de se le dire. De prendre conscience du stress exogène. De l’accepter. Tu te souviens des zones rouges et vertes de Thomas Gordon ? Ce n’est pas évident de se rendre compte qu’on est dans le rouge. Et pourtant Dieu que c’est nécessaire ! Car que se passe t’il si on nie sa fatigue ? si on n’écoute pas le stress et le message du néon ? Bah ça devient Midnight Express, le burn out.Le gros craquage. L’aller simple pour le repos forcé. La surchauffe.

T’imagine bien qu’après 3 ans de parental, mon niveau de fatigue atteint facilement le degré haut. Ma chance c’est d’avoir fait des études de sophrologie et de savoir monter mon niveau de résistance au stress. Ma malchance c’est d’avoir une maladie à gérer en plus qui crève mon corps déjà crevé.

Alors maintenant, le matin, quand j’ouvre les yeux, et que je sonde toutes les douleurs que j’ai dans le corps, je mesure aussi mon degré de fatigue. Juste pour mesurer si ça va être une journée rouge vif ou vert prairie. Si c’est vert je me lève d’un pas svelte et résolu.

Si c’est rouge je prends 20 secondes pour souffler. Qu’est ce qui me ferait descendre sur mon échelle de « j’en ai marre je déteste ma vie je veux retrouver mes 20 ans » ? Ca peut être se rappeler un truc marrant, un café chaud ou une musique de Ricky Martin on s’en fout. L’important c’est juste de trouver un truc réconfortant. Un truc qui fait du bien. Parce que c’est déjà accepter qu’on a besoin de réconfort. Et comme on n’a personne sous la main, va falloir se débrouiller pour se réconforter soi même…

Mais on a les enfants ! Alors oui ils sont par leurs rires et leurs « allez mamou liv toi yé veux un bib » très réconfortants. Mais je trouve toujours quelque chose qui ne vient pas d’eux. Je ne veux en aucun cas leur faire porter une quelconque responsabilité sur mon humeur directe et ma fatigue. Ils ne peuvent pas être et le néon et le réconfort. Ils sont ma raison de me lever mais pas ma béquille.

En ce moment avec la fatigue, mon pic absolu de stress se situe à 13h quand le suspense « vont ils dormir à la sieste » commence. Ca me rend malade, quasiment tous les jours. Il suffit que je les entende se tourner et se retourner dans les lit pour en avoir des malaises quasi physiques. Parce que j’ai besoin de la pause de la sieste. Viscéralement. Parce que j’en ai clairement marre des siestes et des endormissements, en 3 ans, j’en ai mangé un gros paquet. Parce que je suis impuissante face à leur choix de dormir ou non.

Mais ce qui est particulièrement bien fait, c’est que le corps a certes une mémoire mais que le coeur lui en a une sélective. On oublie les pleurs d’il y a 6 mois, dans les toilettes à vouloir les abandonner à la SPA. On ne se souvient que de leurs petits rires à la piscine. On oublie la douleur des jours qui se suivent et se ressemblent. Mais on garde l’image des jolis pyjamas qui s’entassent dans le carton « trop petit ». Ils ont tous un trou au niveau du pouce de pied ! On oublie qu’on n’a pas bien dormi depuis 3 ans parce qu’on a un net problème d’hypervigilance… mais on les regarde tous les soirs roupiller dans leurs petits lits, avant d’aller nous même, en dernier, se coucher…

Ca passe. Tout passe. Même la plus grosse vague a une fin pour le surfeur. Ne te laisse pas fatiguer. Occupe toi de toi. Ecoute toi. Prends du recul. Reste toi même avec tes passions, tes envies, tes rêves ! Oui j’ai 35 ans et je lis encore des mangas au fond de mon lit en mangeant des gâteaux. Exactement comme il y a 10 ans. Mais ça me fait du bien. Ca m’apaise. Et ces 5 minutes là, m’aident à tenir les 24h qui suivent. Tant bien que mal.

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6 réflexions sur “La fatigue, ennemie numéro 1

  1. Beau message à faire passer aux parents et éducateurs de toutes sortes !
    C’est à nous, adultes, de trouver la force, la motivation, l’envie, la joie, l’enthousiasme quelque soit notre situation et les enfants face à nous.
    Sens-toi soutenue (si ça peut être d’un quelconque réconfort) par les adultes qui partagent ta situation et qui sont nombreux !

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    • Merci Joséphine. C’est vrai que c’est à nous de remplir nos reservoirs pour trouver la force. Ca ne se fera pas tout seul. Et pris dans la vitesse des jours on a tendance à l’oublier et à faire porter beaucoup de choses sur les petites épaules des enfants qui n’y sont finalement pour pas grand chose… sont ils coupables d’avoir 3 ans ^^

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  2. C’est rare qu’un article me touche à ce point, mais là tu viens de mettre le doigt sur la corde sensible. Je pleure… Pourtant j’en ai qu’un seul, de presque trois ans également. Mais je comprends exactement tes mots, merci de les avoir écrit. J’ai pourtant un papa qui m’aide énormément, qui me laisse faire des grasses mat jusqu’à 8h le week-end quand lui assure le réveil du prince à 7h, qui prend le relais le soir quand il rentre pour que je puisse préparer le repas « tranquille ». Bref, je ne suis pas seule pour m’occuper de notre enfant et de la maison. Mais que c’est dur! Ses cris me rendent dingue, ses changements d’avis, ses « non je veux papa, non je veux maman » me tuent, ses colères quand il faut s’habiller me tapent sur le système… Heureusement, il y a le soir, quand enfin il dort après trois derniers pipi, qu’on a pu se reposer le cerveau devant une série en mangeant du chocolat, et qu’on lui fait un dernier bisous tout doux dans le noir, en se demandant si on fera toujours ça quand il aura 15 ans… pfiou…

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  3. Boh non faut pas pleurer ^^ Ou si, si ça aide à évacuer 🙂 Un ou deux ou cinq, la fatigue c’est la fatigue. On perd la foi et les convictions, l’energie et la « flamme sacree »….moi aussi j’ai un papa qui aide et heureusement, je serai devenue folle depuis longtemps sans lui ^^ mais y a des jours comme ça où juste bah on ne peut pas. On n’y arrive pas. Et puis la journée passe. Et on a juste à esperer que demain sera meilleur .. et un jour bah « pouf » ils ont 15 ans … comme on dit « les journées sont longues et les années courtes » … j’en arrive à me convaincre de « profiter » des crises et des larmes de crocodiles ^^ #sadique

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  4. Aaaaaaaaaaaaah La Sieste ! La SIESTE ! Le sommeil T_T
    Quand on me demande comment va M. MicroDou je répond toujours la même chose : « Il DORT » et j’en reviens pas. 6 mois de bébé qui dort. En ce moment c’est compliqué avec le début des poussées dentaires, mais il cherche à dormir. M. MiniDou, lui n’a JAMAIS dormi. Non. Il est parfois vaincu par KO par la fatigue, mais pas souvent. Il a 6 mois de plus que tes jumeaux et il ne fait plus la sieste. Seulement, moi j’ai BESOIN de la sieste. Alors j’ai imposé un temps calme dans la chambre.

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