Leve les yeux et regarde les etoiles

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J’ai mis du temps à l’écrire cet article. En fait j’ai mis du temps à revenir de vacances. Du reste je ne sais pas trop si on peut parler de vacances lorsqu’on va chez soi.
J’ai mis du temps parce que je voulais faire un parallèle entre deux choses sans tirer par les cheveux. Elles sont liées, pour moi, mais peut être que ça ne sera pas très clair pour vous.

Je suis arrivée en Serbie après 4 années d’absence, avec mes enfants sous le bras et le coeur gros de bonheur. C’est une immense fierté. Une joie de les présenter mais surtout de leur présenter leur pays. Peu importent les papiers, les passeports, les frontières, ils sont de là bas, autant que d’ici. Parce que c’est dans l’âme ces petites choses là.

Mais après quelques jours, la joie retombe comme un soufflé. La misère est partout. Visible, presque vulgaire. Elle te saute à la gorge comme un chien en rage. Bien sûr que ça fait 20 ans que le pays est pauvre. Mais pas comme ça. Il y a une odeur de mort dans tout le quartier. J’y suis allée pendant les bombardements. Pendant les années de crise. Pendant l’embargo. Jamais je n’ai ressenti ça.

Les mines des gens sont fatiguées. Vieillies avant l’âge. Et toi t’arrives toute contente, comme une fleur avec tes fils … et tu te manges le mur. Dans la rue, pour la première fois en 35 ans, les gens me regardent. Je sens l’occident, le fric, l’insouciance. On ne regarde pas la gémellité (pour une fois !), on regarde les mini adidas que les garçons portent. On ne regarde pas la mère que je suis, on regarde mon jean et mes lunettes de marque.

Et j’ai presque honte. C’est un sentiment de malaise très sérieux. Je n’appartiens plus à mon peuple. Je ne suis plus comme eux. Et mes garçons non plus. C’est la panique et la déprime.

Mon fils est là, debout à côté de moi. Il tient sa petite voiture de police dans la main et me sourit. Derrière lui, un petit garçon d’à peine son âge le regarde. Il fait la queue avec sa mère pour la soupe populaire.

Ma tête va exploser. Comment on se sort de ça ? Comment à nouveau profiter de ce lieu ? de ces gens, pourtant si chaleureux et si gentils (et si peu rancuniers)… comment sourire, avancer, continuer quand l’injustice et la misère est partout, tout autour de toi.

Et puis un soir, on passe par le parc. Aucun éclairage public. Nuit noire. Je suis aussi sombre que l’extérieur. Mes fils traînent derrière. Allez dépêchez vous, énervée que je suis. Qu’est ce que vous faites, plantés là, le nez en l’air ?

Le ciel. Immense. Avec des millions d’étoiles. Ils n’ont jamais vu les étoiles. En France on se balade rarement de nuit dans les parcs ! Ils ne savent pas ce que c’est. Et ils sont émerveillés. Ma voix est cassée par cette claque. Non. Ils ne connaissent pas les étoiles. Je vois le noir quand eux voient la lumière.

13 novembre. Je suis en pleurs devant la télé serbe. Flashs spéciaux sur flashs spéciaux. J’adore ce groupe de musique. J’adore ce quartier. Je suis allée des dizaines de fois au Bataclan. Je suis Eux. Et à nouveau je suis entourée de misère et d’injustice. Incompréhension. Ces gens ne sont pas plus coupables que les gamins qui font la queue de la soupe populaire. Pourquoi eux ?  Noirceur. Douleur.

Pendant que mes enfants courent au parc, sont choyés, dorlotés, pendant que moi je peux me reposer et profiter, facebook se remplit de rage, de haine, d’appel à la vengeance … Et j’ai la gerbe.

Et puis mon fils passe, regarde l’écran, me voit pleurer et me sourit. Il me montre l’écran et rigole ! Il saute de joie. Oui partout sur l’écran il y a des voitures de police et de pompiers. Partout des lumières, des gyrophares. Lui qui aime tant ça ! Son rêve éveillé. Je trouverai ça indécent s’il n’avait pas 2 ans et demi. Je lui explique, simplement. Ils sont venus aider des gens.

Et puis à nouveau ma tête va exploser. Comment on se sort de ça ? Comment à nouveau profiter ? des gens, de la vie… comment sourire, avancer, continuer quand l’injustice et la misère est partout, tout autour de toi.

Dans l’émerveillement d’un enfant pour la lumière. Ils sont Lumière. Et c’est la croyante qui parle. Et à l’aube de la naissance du Christ, au retour de la Lumière, ça me parle d’autant plus. Peut être finalement que j’ai du attendre l’Avent pour écrire l’article. Cette préparation, cette réflexion. Ils n’ont pas associé un enfant au solstice par hasard. On traverse des jours difficiles, parfois des périodes entières. Et puis grâce à eux, on avance. On avance vers le bout du tunnel. On perd notre insouciance quand eux en regorgent.

J’ai passé de merveilleuses vacances. J’ai découvert une capitale courageuse, qui se bat pour se moderniser, pour devenir plus ouverte, plus humaine, plus abordable. Une ville qui veut s’ouvrir au monde malgré les blessures du passé. Et en revenant ici, je me plais à croire que la France va également s’ouvrir, se moderniser, devenir plus humaine, plus solidaire … Pour le moment je suis plutôt déçue mais je garde espoir. je garde Foi.

Je n’ai pas su comment rendre hommage, à ma manière. Alors je suis allée boire un café en terrasse. Hier il pleuvait des bombes à cet endroit. Alors c’est beau, de pouvoir en profiter aujourd’hui. Les enfants eux ont customisé les trottoirs du quartier. Avec des couleurs et des dessins naïfs et gais. Puissent ils continuer encore longtemps à en faire, avec le sourire. Puissions nous, prendre exemple sur eux.

Et puis, merci à ma famille. A mon cousin qui m’a emmené dans la boutique nike flambant neuve pour me remonter le moral (comme ça moi aussi je me suis sentie pauvre, c’était cool !) . A mon oncle qui les a laissé redécorer l’appart et les murs à coup de feutres indélébiles. A ma tante qui a ramené une confiture d’un prunier qui n’a jamais été aspergé de saloperies. A nos ami(e)s qui se battent tous les jours avec 100 euros de retraite par mois (les prix sont quasi identiques à ici) ou avec à peine de quoi nourrir leurs enfants. Ils ont donné aux garçons au delà de ce que je pourrais exprimer avec des mots. Merci à la Serbie pour cette immense leçon. J’espère ne plus jamais oublier de lever les yeux et de regarder le ciel.

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3 réflexions sur “Leve les yeux et regarde les etoiles

  1. Ton texte ma mis le frisson et les larmes aux yeux, ..

    Alexis et Anaëlle toujours la tête dans le ciel, les étoiles, la lune, le soleil, le ciel bleu, le ciel rose,.. Ils voyent toujours la beauté de ce qui nous entoure

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  2. Magnifique article… j’en ai des frissons.

    J’ai ressenti une peine immense face à ce qui s’est passé chez nous, mais également un étrange malaise car j’ai eu l’impression que le nombrilisme pointait… vite… trop vite… Quand certains vivent la peur et les bombardements chaque jour, quand des enfants naissent dans la misère et la guerre… Je n’ai pas eu envie d’être juste Paris, d’être juste la France… je me suis d’avantage sentie, comme je me suis toujours sentie d’ailleurs, femme du monde, qui reste utopiste et croit naïvement mais tellement fortement qu’un jour l’homme sera capable de construire la paix et non d’organiser la guerre.

    La confrontation à la misère, je l’ai vécue il y a quelques années, en allant pas si loin… En faisant quelques 1500km… en découvrant le Sud de l’Italie… Naples et ses quartiers populaires où tu te croirais presque dans un pays du Tiers Monde… Et c’est la claque… Et ça fait prendre conscience qu’on a tellement de chance… que même si on galère à la fin du mois, ben on a de quoi manger tous les jours, un toit sur la tête et des vêtements chauds pour l’hiver… Qu’on a un système de santé, certes pas parfait, mais qui nous permet de nous soigner plutôt correctement, d’être hospitalisé sans devoir faire un crédit pour payer les frais…

    Bref… Je m’égare ^^ Mais ton article me parle. Je ne pourrais jamais ressentir ce que tu as ressenti, mais tes mots font écho en moi, font rejaillir des émotions vécues.

    Prions pour la paix.

    (hier j’étais à la confirmation de mon plus jeune frère, je suis sa marraine, et j’ai été très émue, car les 30 confirmants ont tous émis cette envie de prier pour la paix… )

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