Est ce que je t’ai assez aimé aujourd’hui ?

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Je me revois, ouvrir grand mon gilet pour te glisser dedans. Il y a juste ton petit nez qui dépasse de ton bonnet trop grand. Une petite boule toute chaude de vie et d’amour, d’à peine 1 kg 500, collée à moi. Peau à peau à la néonat. J’ai pas dormi depuis 5 jours, j’ai la cicatrice de césarienne qui va exploser . J’ai ramené 2 litres de lait tiré alors que tu n’en bois qu’un dé à coudre et ton frère à peine plus. Mais je suis là

A 3 mois, entre les coliques, les nuits courtes, l’allaitement et le maternage, je suis un zombie. J’enchaîne les actes, je ne réfléchis plus vraiment. Il faut le faire, c’est tout. 20 couches, 20 repas, 20 rototos, endormir l’un puis l’autre. Nourrir l’un puis l’autre. Consoler l’un puis l’autre. Ré-endormir l’un puis l’autre. Tirer le lait, au cas où. Parfois se laver, parfois se nourrir. Mais j’étais là.

Même quand je suis partie 5 jours en vacances et que je vous ai (pas si lâchement) abandonnés aux grand mères, j’étais là tu sais. A quoi ça pouvait vous servir des parents au bord du burn out ? Prendre un peu le large pour revenir plus frais, plus présents, plus aimants aussi. Plus de recul, plus de motivation. On a pensé à nous pour penser à vous. On a tout montessorisé en revenant. Notre maison est devenue aussi la votre. La motricité libre est arrivée, la DME aussi doucement. Ma conscience est revenue. Mes valeurs étaient là.

Tu te souviens quand vers 10 mois on a déménagé chez papy ? Pour changer de vie, pour te donner de l’espace, un cadre de vie ? on dormait sur un futon dans la cuisine ton père et moi. A même le sol avec juste l’espoir d’y arriver, pour nous réchauffer. Vous étiez encore en pleine angoisse de séparation. On a vendu les slings et pris de nouveaux porte bébés. Je passais mes journées avec l’un des deux à bras. Un peu l’un un peu l’autre. Un faisceau de membres enroulés dans un câlin permanent. Il vous fallait ma présence, mon rire, mes chansons. Mes bras, mon corps mon odeur.

Depuis qu’on est dans notre chez nous, beaucoup de choses ont changé. Vous êtes devenus de grands garçons. Vous ouvrez le frigo pour vous servir des yaourts (que vous ne savez pas ouvrir ^^). Vous débarassez la table. Vous mettez votre linge sale dans la panière. Vous chantez, vous dansez. Vous êtes incroyablement autonomes et j’en suis tellement fière. Votre plus grand bonheur c’est de passer l’aspirateur ! Et moi mon plus grand bonheur, c’est quand, dans cet enchaînement incessant d’apprentissages, vous vous souvenez que vous avez une mère, assise là à vous regarder. Dans un élan vital vous courrez pour un câlin. Mais pas trop. Un petit rapide. Comme un marathonien boit le verre d’eau tendu. Point trop n’en faut. Pendant cette recharge d’émotions, le frère a le temps de chiper la voiture convoitée ! Ca se joue en secondes ! Parfois un petit bisou, parfois vous me brossez les cheveux. Parfois une petite main posée sur le genou. Et ses bras, grand ouverts quand les larmes coulent.

Je n’en souffre pas. Je sais que c’est la vie et je vous y pousse. Mais parfois, je me demande si, du coup, je vous aime assez dans la journée.Bien sûr que JE vous aime. Mais est ce que VOUS vous le ressentez ? Quand vous étiez petits, les actes étaient simples et clairs. Le maternage, le cododo, l’allaitement, c’était de l’amour. C’était du charnel. Allongée par terre près de vos lits au sol à vous tapoter les fesses pour que vous vous endormiez. Mais maintenant ? A part réchauffer le repas et vous changer les couches ? Qu’ai je à faire ?
J’organise quelques activités, parfois, surtout quand les finances me le permettent. Je vous sors au parc. Je vous fais des gâteaux. Ok. Mais il y a des jours où je ne sers presque à rien finalement. J’ai même le temps de lire ! Comment vous montrer mon amour, en permanence, tout en étant de moins en moins nécessaire ?

Bah finalement, je me dis que mon retrait est peut être la meilleure chose à vous offrir. Je vous offre ce dont vous avez besoin, c’est à dire rien. De l’espace. Pour vous y épanouir. Confiants. Vous savez bien que je suis là, assise sur le canapé en train de lire. A quelques mètres. On s’éloigne pour que vous puissiez vous élargir. Vous savez très bien me trouver pour faire la police, pour éplucher la banane ou pour faire un jus de fruits frais. T’inquiète, pas folle la guêpe !

Bien sûr certains jours je n’en fais sans doute pas assez. Moi aussi je suis parfois crevée. Le financier fait défaut pour vous proposer tout ce que j’aimerai vous offrir. On n’a pas toujours la motivation de transformer son salon en atelier de peinture. Parfois je n’ai pas envie de jouer aux petites voitures. Ni de danser, ni de chanter. Alors le soir venu je me demande si je vous ai assez aimés. Si vous avez eu votre dose. Et je ferme rarement les yeux en répondant à la négative.

Quand on a pensé aux vacances, on a pensé repartir comme il y a 2 ans, sans vous. Les finances (oui encore) ne permettaient pas vraiment de partir à 4. 2 ans sans vacances, sans grasse mat, sans bullage au soleil…C’est tentant, avoue.  Mais non, maintenant, ça paraît inenvisageable. Pas impossible, ce n’est pas de l’ordre de la culpabilité. Non non si je pouvais allez à Rome demain, vous iriez chez mamie direct 😀 Non, c’est juste qu’on avait envie de VOUS offrir des vacances. Que vous soyez au centre de cette démarche. Maintenant… vous comptez plus que nous. Je croise beaucoup de parents qui partent en vacances et puis bon… l’enfant s’adapte ! Ils reviennent souvent plus crevés que quand ils sont partis 🙂 Nous on s’est adaptés à vous. On s’est demandés ce dont, à 2 ans, on avait besoin pendant les vacances. De l’espace, de la nature, et une pataugeoire. Et on vous a trouvé ça. On n’est pas hyper heureux de partir là où on part. On aurait survécu sans visiter ce coin. Mais on est tellement heureux de partir avec vous. De pouvoir vous offrir ça…C’est au delà de l’explicable. En vous l’offrant à vous, on a oublié tout ce qu’on ne pouvait pas s’offrir, à nous.

On pourrait passer l’été ici, remarque. Ca ne vous ferait ni chaud ni froid. Plutôt que d’aller à 2h d’ici. Ca n’a rien de très exotique ni de très passionnant. Mais moi je suis convaincue que ça s’imprime en vous, quelque part. Que ça va vous sortir et vous amener une foule de nouvelles expériences. Et être confrontés à la nouveauté, pour moi, c’est la plus belle preuve d’amour que je puisse vous donner, chaque jour. Materner, ce n’est pas couver. Vous faire changer de milieu, de mode de vie pendant quelques jours, vous « bouger » un peu de votre routine bien organisée… C’est vous mettre tous les jours devant des difficultés, des choses parfois pénibles… et vous dire « si mon fils, tu vas y arriver ».

Je vous ai donné la vie. Et je vous la redonne tous les jours. Voilà comment je vous aime, tous les jours, assez pour que vous puissiez recommencer le lendemain à faire la même chose : avancer, sans moi.

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