Reggio et le vrai matériel à utiliser

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Il y a quelques temps j’avais exploré différents supports de peinture (ICI) et ça avait eu un grand succès. Maintenant que les garçons grandissent, le besoin d’exploration et la variation sont au coeur de leurs envies et c’est très net. Nous avons donc commencé à varier le matériel proposé. Celà nous portera doucement vers l’usage de nombreux « loose parts », petit à petit et la découverte des possibilités de chaque matériel mis à disposition.

Aujourd’hui nous avons donc fait une triplette 😀 Nous avons commencé par les pastels gras, puis par la peinture au pinceau avant de finir au rouleau. Ca permet de prolonger l’activité et de clairement renouveler l’intérêt de l’enfant. Entrée, plat, dessert !! Je ne doute pas que s’inscrivent dans leur petite tête, une foule d’informations sur les odeurs, les textures, le contraste, la facilité (ou non) de travailler le support … J’aimerai d’ailleurs tellement savoir et connaître leurs impressions ^^

11401336_10152827790236401_3615261983479093805_nMaintenant rentrons dans le vif du sujet de cet article : faudrait arrêter de prendre les enfants pour de frêles petites choses à protéger. Donner à un enfant des pastels – qui coûtent un bras – ou des peintures – qui coûtent deux bras – n’est pas une obligation. Loin de là. Ca n’a même aucun intérêt… Par contre leur donner du matériel de « qualité » et disons « réel » ça, ça en a. Passer 3 ans de sa vie à dessiner avec des mini crayons de couleur soit disant lavables et incassables et ci et ça, ce n’est pas ce que j’appelle du Reggio. Il n’y a aucune exploration, aucune expérience, aucun risque.

La notion de risque n’est placée que du point de vue du parent qui tient à ses petits meubles et à ses murs (ce que je comprends). Mais le risque positif qu’un enfant pourrait prendre en testant un produit qu’il ne connaît pas est complètement mis de côté. « Tu es trop petit » … « Laisse, maman va te montrer »… « Ne touche pas à ça »…

J’ai toujours tenté d’éviter ça. Ma mère est peintre, moi aussi j’ai du matos. Autant en profiter. J’ai toujours tenu à offrir à mes enfants des choses vraies et authentiques (de la vaisselle en céramique, des verres en verre, des jouets en bois, des aliments avec du goût….). Alors pour nos petites expérimentations reggio je ne déroge pas à la règle.

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C’est une particularité que l’on retrouve dans plusieurs « pédagogies » alternatives (même si Reggio n’en est pas vraiment une). En Montessori, on cherche à l’extrème la qualité, la beauté de l’objet et du geste, l’énergie même véhiculée par ces matières. Il faut que ça soit un peu « sensoriel » au sens presque sensuel du terme. Rien ne doit détourner l’enfant de l’usage. En Steiner (et malgrè ce que l’on peut en penser), il y a une recherche très poussée dans l’esthétique, dans la magie, dans le lien avec la nature, le corps et l’esprit. L’enfant est entouré de rêve, de nature, de cycle de la vie.
Dans les deux cas l’enfant ne vit pas dans un monde asceptisé. Il vit dans un monde réel qu’il apprend à découvrir et à maîtriser, à expérimenter. Dans Reggio l’enfant ne fait pas JUSTE de la peinture ou des bricolages étranges. Il S’EXPRIME. Il raconte l’enfant qu’il est et ce qu’il porte en lui de sentiments et d’émotions. Si le support proposé à cette expression est faussé, alors l’expression même est annihilée. Si l’enfant ne peut pas aller jusqu’au bout de son idée, stoppé par des problèmes matériels (le crayon qui casse par exemple), alors c’est un message tout entier qui peut se perdre. Vous pensez que je vais loin ? alors vous n’avez jamais regardé vos enfants peindre. Ou danser. Ou même jouer. Vous n’avez pas écouté ce langage.

Donner à des enfants des outils de marketing spécial enfant ne sert à rien. Les lits de bébé, les chaises de bébé, les bibs  spécial nuits rapides, les carottes couscous en boite… Ca ne sécurise que le parent. Je sais, je l’ai testé. Et j’ai vu mon enfant dans des éléments certes adaptés mais surtout adaptés à moi. Pensés pour lui mais pas PAR LUI.
Eh bien le matériel proposé en reggio est similaire. L’enfant doit se l’approprier, se l’adapter, se le choisir, se le penser. Sinon effectivement ce n’est qu’une simple peinture.

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J’ai délibérément choisi plein de pastels et une seule couleur de peinture.
Damien (en rouge) est un sensoriel, un buccal. Il doit toucher, goûter, se l’approprier. Il observe, il va lentement. Il étale, il en met partout. Il étale et il s’étale. Il est le dominant, celui qui a le temps (de faire les choses). Il est celui qui prend la place. Il est sûr de lui, sûr de son geste, mûrement réfléchi. Il est d’une grande précision lorsqu’il se met en route. Et c’est impressionnant de constater qu’il peint, comme il est dans la vraie vie, du haut de ses deux ans. S’il devait envahir l’ennemi, il se mettrait en position de siège. Il attend toujours son heure.
Mathias (en bleu donc si tu suis bien) est tout le contraire ^^ Il est rapide et futé. Il va vite dans le geste, dans le changement de méthode. Il a trois pastels dans la main et le pinceau de l’autre et est encombré de toutes ses envies qui se bousculent en même temps dans sa tête. Il aimerait tout faire, tout de suite, en simultané. Il n’a pas besoin de place, il peint dans le coin de sa toile. Il préfère les couleurs et le geste précis mais saccadé. Il est très émotif et peut se mettre en rogne parce que ça ne se passe pas comme il veut. Il choisit n’importe quelle couleur mais a le sourire de l’enfant qui s’éclate. Il est comme ça dans la vraie vie : un petit gamin qui s’éclate et qui en même temps, parfois, subit cet éclatement, ces envies trop nombreuses.

Quand j’ai proposé le rouleau, ça a mis tout le monde d’accord. Le méticuleux Damien a pu remplir sa feuille. S’étaler encore plus, montrer sa fierté et regarder longtemps son dessin. Le rapide Mathias a pu se concentrer sur une seule tâche et a barbouillé sa toile avec bonheur. Ouf, le cerveau se repose et ne fait que profiter d’un geste simple, fait en conscience.

11406971_10152827790681401_544399264220308813_nMaman elle, est contente car sa technique de documentation reggio se précise et s’améliore. L’observation s’aiguise. Les toiles seront mises au mur. Car toute création est digne d’être mise au mur et d’embellir notre maison, notre espace de vie. Quand les enfants les verront, ils se souviendront de ce bon moment où ils ont pu être eux mêmes , sans limites ni contraintes, sans rôles de petits garçons modèles à jouer.

C’est tellement plus que de la peinture. Ca mérite tellement qu’on s’y attarde et qu’on s’en donne les moyens (des vrais, de qualité). Voilà, Reggio c’est ça : se donner les moyens de vivre un moment de plénitude, un moment où le gosse est lui même.

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10 réflexions sur “Reggio et le vrai matériel à utiliser

  1. J’aimerais avoir cette approche là, mais je n’arrive pas. Je n’arrive pas à le laisser barbouiller les meubles, les murs, le sol, à vivre dans une maison pleine de taches indélébiles et d’objets cassés. Je cadre, j’encadre, je dirige, je guide. Trop. Et je le sais. Mais je n’arrive pas à m’en empêcher…

    Quand je vois ces photos je me dit mais comment ? Comment la table n’a pas finie rouge aussi (sur la partie bois rien ne se lave… j’ai la même) ? Et le mur ?

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    • Ah ce n’est pas facile et je n’ai pas dit que je ne paniquais pas 🙂 Je suis une maniaque +++ donc on ne vit pas dans une maison sale ou tâchée. D’ailleurs la pièce à vivre ressemble finalement plus à une crêche qu’à un salon. Il n’y a rien à casser lol Cependant j’essaie d’éviter d’interferer entre mes peurs paniques (qui finalement sont très matérielles) et leur apprentissage… Donc je te rassure, j’ai fait gaffe au mur et la table est rouge à quelques endroits (par contre ce n’est pas important, c’est fait pour)… Peut etre commencer par des jouets en exterieur ? avec de l’eau ? ou du sable de lune ? ce n’est pas très salissant, et on apprend à se dire que l’instant est plus important que 3 tâches ?

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      • On peut aussi penser à l’option toile cirée qui aide bien à canaliser nos peurs des tâches… Pas après pas, de toute façon, on lâche prise, car c’est tellement chouette de les voir s’approprier ce matériel, ce moment, cet acte créatif !!

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      • tout à fait ! Je suis très focalisée sur l’observation de ce qu’ils font, et de ce qu’ils sont… c’est après que je contemple le désastre XD mais je n’ai jamais regretté … Il faut aussi savoir arrêter avant que ça ne fatigue et que ça « dégénère ». Il y a toujours un instant charnière où on voit que ça fait trop… il faut alors anticiper une autre activité pour que ça soit fluide (en général se débarbouiller et jouer avec l’eau marche bien 🙂 )

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  2. J’adore!
    Pour des peintures pas cher aux chouettes couleurs (néons, dorés, argentés), y a IKEA. Si tu connaissais déjà tant mieux mais moi je viens de découvrir. Ma fille a peint une merveille de couleurs explosives ce matin.
    Par contre, c’est indélébile sur la plupart des surfaces donc il fait bâcher. Mais elle se dose trop bien.
    Ton regard sur tes fils est magnifique. C’est vrai que sans entrave, ils peignent comme ils sont.

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  3. Bonsoir,
    bel article :-)!
    Pourrais-tu me donner la marque de tes pastels. Elles ont l’air top ;-)!
    Je cherche des blocs de cire de la marque Stockmar mais impossible d’en trouver…j’ai alors opté pour une autre marque et c’est la cata, ils se brisent en moins de deux…
    Belle soirée,
    Merci 🙂

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  4. j’adore ton article! Surtout que je pense me lancer dans la peinture depuis longtemps avec mes loulous mais le prix des peintures « – de 3 ans » me faisait vraiment reculer. Je pense que tu as raison et que ce matériel n’est pas plus adapté que les autres.
    J’aime l’analyse que tu fais de chacun de tes garçon, c’est très beau, sûrement très juste et tellement positif. C’est, à mon sens, l’une des choses les plus importantes à faire lorsque l’on devient Parent: montrer à ses enfants qu’on les comprend, qu’on les connaît, qu’on leur fait confiance, qu’on les respecte et qu’on les aime pour ceux qu’ils sont. Pas plus tard qu’hier soir on m’a dit que j’étais « gnangnan » car j’écoutais trop mes enfants…. Oui je les écoute! Ils ont tant de choses merveilleuses à dire et à montrer. Même si ils n’ont que 2 ans! Laissons les s’exprimer! Mais je pense que cela n’est positif que si, à côté, un cadre est mis en place pour leur apprendre le respect, la politesse, les bons comportements à avoir, limiter les caprices et les colères, surtout à cet âge où les tests d’autorité sont hyper fréquents.
    Je ne connaissais pas reggio avant de découvrir ton blog. A chaque article tu me donnes plus envie de découvrir ce mouvement.
    Merci

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    • Merci à toi Elfy pour ce gentil commentaire… je crois qu’un enfant parle à l’instant même de sa naissance (et sans doute même avant, je ne doute pas que mes garçons aient eu une forme de communication intra utérine ) .. un enfant écouté, soutenu crée le cadre de lui même… il est pensé et organisé avec beaucoup plus de facilité et est plus souple mais pas pour autant inexistant… Bonne découverte et bonnes expériences 🙂

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  5. Pour les murs… Et bien, j’ai accepté le fait, et au bout de 4 ans 1/2, maintenant que toute l’exploration a été fait (peinture, crayon, aquarelle, rouleau, tampon, punaises, scotch, trou de marteaux en plastique, etc…), maintenant que ma fille a pris conscience que la maison était un lieu de vie à entretenir, on va pouvoir faire un grand chantier réno et offrir une nouvelle peau à notre maison. Zéro stress, et beaucoup de rigolade pour moi, et aucune prise de tête pour l’enfant. Elle sait que j’aime pas trop quand c’est crado, mais elle sait aussi mettre la main à la pâte pour le ménage.

    Je suis tout à fait d’accord que l’enfant doit pouvoir utiliser les même matériaux et matériels que les adultes, puisque ce sont de ces matériaux et ces matériels dont il va se servir tout au long de sa vie. Surtout que les fournitures artistiques pour les écoles et les étudiants sont aujourd’hui un très bon compromis qualité/prix.
    Je suis fermement convaincue que l’enfant se forge une culture sensorielle qui affine sa sensibilité à son environnement (et donc son respect patacouffin), et participe à ce qu’on pourrait appeler un « catalogue mental des bidouilles ».
    Un peu comme le directeur d’un orchestre qui connait tous ses instruments et qui ajuste la tension dramatique en bidouillant la partoche et les interventions des instruments, l’enfant va pouvoir utiliser son catalogue des bidouilles pour créer/s’exprimer.
    Le landart fonctionne sur le même principe. L’expression artistique est possible parce que l’auteur a connaissance des bidouilles présentent dans son environnement.
    C’est applicable à l’art pictural, au travail du bois, l’artisanat textile, mais aussi dans le domaine de la communication, etc…

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