100 langages Reggio : L’imitation de la vie courante

13215_10152646329236401_4892204672880004777_n
Dans la droite ligne de mon billet sur la vie pratique aujourd’hui on va parler un peu jeux d’imitation.
Quand l’enfant présente un fort intérêt pour vos actions (laver la vaisselle, nettoyer le frigo, ranger les courses…) c’est que le fruit est mûr pour la vie pratique, et il ne faut absolument pas hésiter à le faire participer au maximum. Que ça soit à 15 mois ou à 3 ans, l’enfant a besoin de tester, de toucher, de regarder et donc d’imiter.
On peut donc mettre en place de très nombreuses activités de vie pratique et aussi un maximum de jeux d’imitation.

Il y a selon moi 2 sortes de jeux d’imitation. Ceux qui sont issus de notre vie d’adulte à nous, et ceux qui sont fabriqués et construits à l’usage des enfants. Il y a notre cuisine et la leur. Il y a le chat et une peluche. Et les deux sont nécessaires à mon sens. (enfin un chat ça n’a jamais été nécessaire…)

La « vraie » vie est importante par le sentiment d’implication que l’enfant ressent. En effet mes garçons sont par exemple très fiers de pouvoir piocher eux mêmes dans le frigo. C’est une forme de passe droit, de loisir de grand et ils le font avec délice et malice (et partent en courant avec le butin !). Ils apprennent à gérer leur environnement et aiment franchement toucher à tout (surtout la machine à laver et le four). Les jouets « adaptés » eux leur permettent en toute sécurité de s’entraîner et de refaire à loisir les gestes qui les intéressent. N’utiliser que notre cuisine ou que la leur, c’est très dommage. Dans le premier cas l’enfant se sentira frustré (parce qu’évidemment on ne peut pas ouvrir 45 fois le frigo) et dans le second cas, c’est le ramener à sa condition d’enfant qui ne peut pas toucher à nos précieuses affaires. Nous nous laissons dominer par notre peur … l’enfant comprendra alors tout à fait bien le message et n’y touchera plus, même quand dans quelques années il sera fortement « convenable » qu’il participe… passer de « ne touche pas aux assiettes » au « tu pourrais mettre la table quand même » ne me semble pas fortement logique…

Un compromis entre les deux peut tout à fait être trouvé, avec des activités de vie pratique encadrées et des jeux libres d’imitation.

10577005_10152646360961401_3665307385096121288_n
Mais ça sert à quoi l’imitation ? pourquoi l’enfant imite ? On parle souvent de « jouer aux grands » … franchement je n’aime pas du tout cette expression. Elle coupe toute une partie de la réalité des jeux d’imitation : l’enfant ne joue pas à être quelqu’un d’autre. Il joue à apprendre à être soi même. Ces actions ou ces personnes qu’il imite, il les croise en vrai, dans sa propre vie (docteur, maman, cuisinier….). Il reproduit ce qu’il pense être « la vie ». Dans le jargon, ils deviennent « jeux symboliques ». Entre 2 et 6 ans l’enfant est capable de reproduire des actions ou des personnes de manière symbolique, hors de leur présence. Il n’est plus dans l’immédiateté.
C’est le passage par exemple entre « émettre des sons, de manière innée » et « apprendre le langage en écoutant et en répétant ce que j’entends ». Ca concerne donc CHAQUE apprentissage. C’est pas rien quand même. C’est notre manière, humaine (et même mammifère je pense) d’apprendre. L’imitation est donc à valoriser au maximum. Certes l’enfant le fera automatiquement de lui même mais on peut lui apporter un environnement propice.

A noter qu’il n’y a dans l’imitation aucune notion de sexe ou de niveau social. L’enfant imite tous les rôles de la vie sans distinction (et c’est franchement à encourager !!). Aucune imite de temps non plus et pas de cadrage d’action « non l’homme préhistorique que tu imites ne peut pas utiliser un portable ahahahah » ca serait couper l’enfant dans son imaginaire (qui nous fait tant défaut à nous, adultes). Laissez les rêver le plus longtemps possible ! Imiter lui servira à comprendre aussi les relations sociales, les causes à effet, les rôles sociaux. Ne critiquez JAMAIS ses choix. Ou « c’est pour les filles, les poupées » ou « va jouer avec TA cuisine et laisse celle de maman »…

10419559_10152646361011401_7164188114204398209_n
On m’a demandé de détailler plus mes photos donc nous avons une cuisine et un magasin achetés 5 euros d’occasion, des recyclages de nos propres produits, des fruits et légumes Ikea et des « emballages » en bois Melissa and Doug. A noter que nous avons aussi quelques déguisements, des poupées et des Little People (bus, ferme, zoo..). Nous allons bientôt investir dans les playmobil, dans la malette docteur et peut être un petit établi de bricoleur ? mais je me demande dans ce cas qui ils pourraient bien imiter 😀

Pour finir je vous mets un petit résumé qui me semble très juste 🙂

« L’enfant a besoin d’un espace de liberté. Un espace dans lequel il ou elle est acteur, actrice, créateur ou créatice de règles. À la différence du jeu de société, le symbolique propose des jouets (objet) sans règle. C’est un lieu d’imitation où les enfants jouent en autonomie.

Il y a trois types de jeux symboliques :

  • jeu de rôle/d’imitation dans lequel l’enfant devient acteur ou actrice à part entière en reproduisant ce qu’il ou elle vit au quotidien : docteur.e, donner à manger à un bébé comme si c’était le ou la sien.ne, faire la cuisine…

  • jeu de mise en scène où l’enfant fait jouer les personnages : Playmobil, Pet shop…

  • jeu de représentation : dessins, pâte à modeler…

    Pendant le temps de jeu, sa très grande spontanéité fait que l’enfant croit à ce qu’il ou elle fait. Cette capacité est absente chez une grande majorité d’adultes. Les adultes endossent un rôle. Ils et elles ne construisent plus d’histoires. Le besoin d’évasion des adultes se manifeste dans l’art ou dans les mondes virtuels. Il est d’ailleurs possible de se demander si Ikéa ne serait pas un espace de jeu symbolique pour adultes ? » (source)

    10896878_10152646329356401_5398977819787389732_nC’est parti pour une heure de cuisson ! Au menu passoire sur lit de gaufres en bois avec petits champignons
    en tissus coupés. hmmmm !

Publicités

7 réflexions sur “100 langages Reggio : L’imitation de la vie courante

  1. Ici aussi petit T. (2ans) aime les jeux d’imitation. Plus avec ses jouets que participer à la vie réelle. Je pense qu’il se sent plus libre et ça lui permet de réinventer ce qu’ il vit, comme lorsqu’il dit partir au travail avec son porteur. Il n’utilise pas forcements d’objets d’ailleurs. Il invente, fait semblant que ces objets existent. Il a aussi une cuisine, une caisse enregistreuse, un petit établi, une malette de docteur. Cette dernière a vraiment facilité les rendez-vous chez le pédiatre.

    J'aime

  2. Très bonne analyse!
    Quand à la dernière phrase de ton extrait concernant Ikea : OUI! c’est absolument un espace de jeux pour adultes! D’ailleurs, il est très courant que des adultes y organisent des parties de cache-cache géant entre amis… Si bien que dans certains pays, ces jeux ont été interdits (300 adultes qui s’y donnaient rendez-vous pour jouer aux Pays-Bas, ça n arrangeait pas les affaires)… Et bien sûr, on s’y projette et on « joue » à ceux qui ont tel ou tel meuble ou objet dans son intérieur.
    Mes enfants adorent mes jeux d’imitation. Mon fils cuisine à longueur de temps. Dans notre cuisine, dans son chambre, dans son bain… Et le ménage est également une vraie passion! Sans parler des tétées qu’il donne à son « bébé »!

    J'aime

  3. Pingback: Réalisme et plaisir ! | Reggio & Twins

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s