De l’autonomisation précoce à la confiance en soi.

10947280_10152559351846401_7561339058036845106_n

Aujourd’hui, pour rire, j’ai dit à mon petit garçon de 20 mois, « tu pourrais faire ton lit, c’est pas très bien rangé mon chat ». Et je suis partie. Sauf qu’il ne m’a pas suivie comme à son habitude. Non il a rangé ses peluches éparpillées par terre dans son lit, ainsi que son pyjama, et est venu à ma suite, avec son bib sous l’bras. Il a donc pour la première fois rangé sa chambre. La claque.

Il y a des graines comme ça que tu plantes, et que tu oublierais presque si elles ne se mettaient pas à fleurir d’un coup. Comme ces mois de DME à éplucher divers légumes avant de se rendre compte que ces ptits bonshommes mangent de tout. Comme ces mois à laisser tes garçons faire seuls avant de te rendre compte qu’ils savent faire beaucoup de choses seuls. Tes efforts portent leurs fruits. Et du reste, ce n’est pas toi qui les récolte. Ce sont eux.

Alors parlons un peu de cette autonomisation précoce. Elle est très montessorienne, il faut rendre à César ce qui est à César. Dès lors que j’ai pris en compte que mes enfants étaient désireux d’apprendre, je n’ai catégorisé les activités qu’en 2 pôles : savent faire /ne savent pas encore faire. Il n’y a pas de catégorie « prend trop de temps » ou « maman a trop peur » ou « en met partout ». Soit ils savent faire et font seuls (même mal). Soit ils ne savent pas encore faire et sont en droit d’apprendre.

Encourager l’enfant dans une conquête progressive de son autonomie ne veut pas dire le laisser TOUT faire. Ni le laisser galèrer tout seul. Loin de là. Il ne faut pas tomber dans l’effet inverse. Ils ne sont pas livrés à eux mêmes ^^.
« Dès les premiers mois de sa vie, le jeune enfant cherche à acquérir les capacités lui permettant d’explorer par lui-même son environnement. Mais c’est le sentiment que ses parents ont su lui donner que le monde qui l’entoure,  loin de lui être hostile, est un monde dans lequel il peut avoir confiance qui alimente cette dynamique. Avant de se lancer dans une nouvelle conquête, l’enfant a ainsi besoin de sentir l’accord bienveillant de ses parents et c’est dans leur regard qu’il puise sa confiance et son audace. » (source)

Il s’agit surtout de faire de son monde, celui dans lequel il évolue, un monde agréable, encourageant et qui donne envie d’être exploré ! Il s’agit de ne pas rater ses envies !! Mes garçons sont en ce moment obsédés par les pulls, les jeans et les chaussettes. Les fermetures éclair, les boutons pressions, les ceintures… Ils enfilent des tshirts toute la sainte journée et braillent pour que je les libère des tentatives ratées qui les saucissonnent bizarrement. Je leur mets donc à disposition leur ancienne garde robe et ils expérimentent. S’ils étaient plus Montessori que Reggio, je sortirai des cadres d’habillages ^^ (mais j’ai un nounours Melissa & Doug qui remplit ces fonctions tant bien que mal). En Reggio je préfère leur fournir directement le matériel en libre service. Et utiliser cette thématique pour d’autres acquis (en l’occurrence un peu de motricité fine) !

10351176_10152559351981401_5620586533739869716_n
Pourquoi est-ce important ? Parce que c’est la clef de la confiance en soi. C’est la base de l’amour des vraies choses. Sans appréhension (sans regard inquiet ou en transe devant de tels exploits !). Tout ceci est N A T U R E L. On boit au verre, on mange avec de vraies fourchettes, on se déshabille avant d’aller à la douche. On se savonne, on va chercher son doudou et son livre. On évolue dans un monde que l’on maîtrise soi même. Un monde qui a toujours été adapté, certes, mais un monde où tout existe, tout est accessible … et donc tout est possible. Comment expliquer à un enfant à qui on a toujours interdit de toucher à certaines choses que maintenant comme de par hasard il peut les utiliser ?? Pourquoi lui acheter des fausses cuisines en bois quand il ne peut même pas approcher la vraie ? A défaut de pouvoir empêcher le danger, il est peut être plus judicieux d’éduquer l’enfant à le gérer ?

L’enfant roi qui fait tant trembler les chaumières n’est pas uniquement un gamin sans limites. C’est un gamin pour qui on a fait. Un gamin réduit au niveau d’un bigorneau incapable de se débrouiller tout seul (en vie pratique mais aussi en émotions, en expression…). Un gamin sans règles mais sans droits. Qui, parce que Dame Nature n’est pas si con, a su se débrouiller pour obtenir… autrement. En jouant de la faiblesse de ses parents devant ce que les freudiens semblent appeler une stabilisation narcissique, un investissement stable du soi. L’enfant prend de l’assurance (horreur, malheur) et est confronté au principe de réalité (on ne mange pas de bonbecs à 18h45). CRISE. Comme dirait Johnny, on lui a trop donné bien avant (ou après) l’envie. (oui je cite Freud et Johnny dans la même phrase ! Je suis une ouf).

Et au lieu de limiter intelligemment les choses, de négocier, de collaborer (= de jeter des fleurs en mousse à ce petit Soi débutant), les parents tremblent, flippent et serrent la vis. L’enfant se retrouve infantilisé. « Il a le temps d’apprendre, en attendant moi je fais ». Mais ce n’est pas une histoire de temps. Bien sûr qu’on a toute une vie pour apprendre à se laver soi même (encore qu’il parait qu’entre 14 ans et 18 ans y a comme un gouffre ^^). Mais on n’a qu’une fois dans sa vie une telle volonté de l’apprendre. Et quand c’est brisé… c’est brisé (cf, les périodes sensibles montessoriennes).

Alors oui, quand mon fils épluche sa banane, ça met une plombe. Mais je n’échangerai pas ce temps gagné à le faire moi même contre son bonheur immense à réussir.

Il a toute sa vie pour comprendre la notion de temps. A 20 mois, on apprend la notion de plaisir. Apprenez à vos enfants à pêcher au lieu de leur filer du colin pané bien cuit. Mais surtout, apprenez leur à aimer pêcher. Ils en auront besoin, dans le monde dans lequel ils vont grandir.

Advertisements

15 réflexions sur “De l’autonomisation précoce à la confiance en soi.

  1. J’adore !!!

    Hum … la banane, ça me semblait tellement rapide et facile de le faire moi que je n’ai jamais proposé à mon bébé de la peler seul !!! Et pourtant, c’est lui qui la coupe pour mettre dans de jolies verrines. Va falloir que je me remette un peu en question là ^^

    Génial de voir cette autonomie si tôt. De dire « Oh ! tu as renversé ton verre, ça coule par terre, il faut une serpillère » et de voir bébé, tranquillement, aller chercher ladite serpillère et nettoyer, le plus naturellement du monde.
    Le résultat n’est pas top, ni rapide, mais je le trouve formidable 🙂

    J'aime

  2. Je suis très intéressée par cette idée de laisser les vêtements pour « jouer à les mettre ». Chez nous c’est la crise à chaque changement ou presque, du coup ça nous aiderait sûrement à appréhender les choses différemment. Mais j’avoue que j’ai du mal à rester patiente quand je dois être à l’heure au travail, ou après une journée crevante… encore des progrès à faire (notamment pour la timbale…).

    J'aime

    • j’ai un carton à déguisement et à anciennes affaires ils s’entrainent à enfiler les manches, les jambes, la tete, à fermer les boutons pressions ou les fermetures éclair. Les changes se font sur un matelas au sol, avec des jouets/livres/portable de maman dans les mains et ça passe tout seul. « pour l’instant » ^^

      Aimé par 2 people

  3. Han je suis jalouse, pas de crise pendant le change…
    Super article, comme d’hab. C’est comme ton post FB d’hier, qui répondait à une question que je me posais depuis longtemps: comment on fait pour savoir quand présenter une activité à son enfant, pour être sûre que ce n’est pas trop tôt, trop compliqué? L’idée de lister les compétences déjà acquises pour en mettre l’activité au bon niveau, c’est simple, c’est efficace, merci =o)
    Bref, n’arrête pas d’écrire. Interdit.

    J'aime

    • On est passés depuis 3 jours au change debout. Ca s’passe pas si mal, adieu coups de jambes et tournage/retournage… par contre on a droit à « je m’enfuis, fesses à l’air »…
      Des que j’observe qu’ils font plusieurs fois de suite un même geste, hop, activité. Là Damien est à fond dans l’habillage, l’activité est en cours d’élaboration. De rien ^^
      Promis, interdit !

      J'aime

  4. Donc suite à ton lien je découvre ton blog. Le temps de lire un peu le temps que tout le monde dort… j’essaie de faire ça de leur donner confiance en elles. .. et j’essaie de montrer au papa l’exemple car si je dis à ma fille « bravo ma puce tu es montée seule sur la table!  » quand lui hurle « pašćeš dole ! » Et qu’il voit que ça marche (bébé pas apeuré mais sourire et bébé fier). Quand il arrive à base de « Smiri se ! Ne viči!  » et que je lui dit que de dire ça en criant peut avoir l’effet inverse et qu’elle a besoin de vider un peu ses batteries avant de dormir. Quand je lui dis Aie confiance laisse la faire, tu vas voir. Là je sais que ce qu’il a vu il va le reproduire. Déjà que moi je les ai lus en diagonale alors lui les bouquins il ne les lira pas :p
    Je ne connais pas Reggio et seulement vaguement Montessori (et je sais qu’on veut mettre dans la case Montessori ce qui n’est pas toujours d’elle ).
    Enfin j’apprécie de te lire et vais surement explorer encore un peu

    J'aime

  5. Je ris je pleure à chaque fois que je parcoure ce blog.

    « Tes efforts portent leurs fruits. Et du reste, ce n’est pas toi qui les récolte. Ce sont eux. »
    Et vlan, dans les dents.

    « Alors oui, quand mon fils épluche sa banane, ça met une plombe. »
    Ziva, il faut aussi préciser que ce pendant ce temps-là, on peut touiller la sauce tomate/le porridge/le dahl de lentilles tranquille, ou beurrer sa propre tartine. ^_^

    Aimé par 1 personne

    • en general pendant ce temps là j’epluche la banane du second qui s’en fout d’apprendre à l’eplucher mais qui pleure parce que je l’epluche à sa place …. on dirait une femme enceinte sous hormones 🙂

      Merci pour les compliments ❤

      J'aime

      • Aaah ben tiens, le second qui s’en fout d’apprendre à l’éplucher, qui veut que ce soit maman mais qui pleure parce que je l’épluche à sa place… j’ai le même !!!! et j’adore ta comparaison, il me fait (parfois !) trop rire. On voit que c’est plein de contradictions dans leur tête : je te dis non et si tu respectes mon « non » qu’en fait je ne pensais pas vraiment, et bien au secours maman en fait c’était « oui » (tout ça en commençant à chouiner… a bon, en fait c’est oui? alors OK… et là nouveau refus. Problèmes insolubles. à part avec de la patience, un réconfort et détournement d’attention quand on arrive vraiment pas à résoudre le conflit intérieur du tout petit, quelle attitude ou réponse tu mets en place face à ça? c’est une scène du quotidien plus ou moins récurrente selon les périodes mais qui m’a souvent fait me poser beaucoup de questions quant à la meilleure façon de réagir. (sans s’énerver, grrrrrr)

        J'aime

  6. Pingback: L’autonomisation précoce : petit bilan | Reggio & Twins

  7. Pingback: 35 mois… De l’Autonomie Précoce – Un Kangourou Dans Mon Salon

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s