Grandir à deux et grandir Autrement.

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« Oh ce sont des jumeaux ? ». En 20 mois c’est sans doute la phrase que j’ai entendu le plus. Ils ne sont pas mignons, beaux ou intelligents. Non ils sont d’abord jumeaux. C’est leur identité toute entière qui est censée se construire autour de ça et autour du couple qu’ils forment.
Pourtant dans la réalité de leur vie à eux, dans la tranquillité de notre foyer, ils ne sont pas jumeaux. Ils ne savent pas qu’ils se ressemblent. D’ailleurs ils seront les derniers à constater ce physique similaire. Non ils ne sont pas « jumeaux ».
Ils sont frères.

Ca change subtilement les choses. Avoir un frère c’est tellement plus riche, tellement plus profond, qu’avoir un jumeau. Ce n’est pas de la gloriole, ce n’est pas du physique, du matériel.  Peut-on imaginer ce que signifie passer CHAQUE seconde de son enfance avec quelqu’un à ses côtés ? C’est du sentiment, c’est une émotion, un vécu. Ce n’est pas explicable ou palpable. Les gens sont encore à me demander s’ils ont le même caractère. Non. J’ai bien 2 petits garçons. Complètement différents.

Là est l’enjeu de mon éducation bienveillante. Et il est immense. C’est même le terreau de cette éducation. Etre à l’écoute. Comprendre. Dialoguer. Apprendre le vivre-ensemble, sain et structuré. Car ce rapport social, ils le vivent tous les jours. On ne peut pas crier, on ne peut pas frapper (mordre/griffer/enfermerdansleplacard) l’Autre. On se doit d’être bienveillant ici et maintenant. Ca n’a jamais attendu la crèche ou l’école. Ca a commencé le premier jour. On patiente, on dit merci, on fait un calin pour consoler, on s’excuse, on rend le jouet, on donne, on prend gentiment, on ne réveille pas, on parle doucement et j’en passe. Si moi même je ne suis pas dans l’écoute, le dialogue, le calme … comment le leur apprendre ? Et s’ils ne le sont pas eux, à se taper toute la journée, excédés par cette proximité permanente, comment puis-je survivre et même,  me faire entendre tout simplement ?

Ils ont un miroir comportemental permanent en face d’eux. Pas seulement moi. Mais un autre petit bonhomme de moins d’un mètre. Qui veut les mêmes choses, au même moment et qui les veut toussouit !! Je suis donc dans la réflexion continue de l’équation « écouter les deux en même temps » (avale un doliprane). Nous devons TOUS nous comporter « autrement ». Tous nous renvoyer une image agréable et positive. Car demain ils seront confrontés à d’autres enfants, sans doute plus méchants, plus malheureux aussi. Et j’ose espérer qu’ils sauront les écouter. Comprendre leur différence. Parce que oui, les jumeaux ça vit dans la différence, constante. Et ça apprend, comme une boule de flipper (Qui roule
… ) à gérer les aléas occasionnés par l’Autre. Demain, ils devront avoir des émotions avec d’autres personnes, partager d’autres choses. C’est de l’ordre de la sensation. Or cette sensation, il faut bien l’avoir apprise quelque part, pendant son enfance pour savoir la gérer au mieux. C’est là que se situe leur marge de manoeuvre et aussi mon travail d’accompagnante. Ils doivent apprendre à ressentir. Distinctement, de manière totalement autonome. Sans toujours le devoir à l’autre tout en sachant le partager, l’exprimer !

Finalement, je suis très heureuse qu’ils aient un frère. Non pas « parce qu’à deux on est plus fort ». Je n’ai pas envie de fabriquer des terreurs de bacs à sable. Mais parce qu’ils ont appris le social avant même de connaître l’individuel. Moi qui suis fille unique, je ne connais pas vraiment ce que ça fait, d’avoir un autre (et encore moins un autre qui aurait la même tronche). Mais je suis sûre qu’ils sont heureux à deux, à grandir ensembles. Et c’est ainsi, dans toutes les fratries, je pense. Je ne rejette pas leur gémellité, mais qu’est ce que je la trouve limitante dans l’appréciation des gens, mon Dieu.

Mais ce que me fait continuer, avec le sourire, ce qui me fait dire que j’ai choisi une difficile voie mais qui nous correspond tellement, c’est le visage, profondément triste du frère quand le frère pleure. Car l’altruisme, ça ne s’apprend pas. Ca se travaille, au mieux. Mais certains, si mal aimés, en seront dépourvus pour toujours. Mes garçons ont été aimés, écoutés, soutenus. Tous les deux. Ils ont grandi autrement. Et j’ai hâte de voir les enfants puis les adultes « autrement » qu’ils portent en eux.

Ne baissez pas les bras, petits parents de fratries (surtout gémellaires). Materner est possible. Allaiter est possible. Etre à l’écoute et aimer mille fois chacun des enfants est possible. Etre bienveillant aussi. Et les fruits que l’on récolte sont, aussi, plus nombreux. Même s’il faut dormir tous par terre comme dans un camping, même s’il faut nettoyer sa cuisine 20 fois par jour, même si parfois on a juste envie de cryogéniser tout le monde …

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8 réflexions sur “Grandir à deux et grandir Autrement.

  1. merci pour cet article! on est en plein dedans, pas de jumeaux mais de fraterie…et j’aime bcp l’image de la poule!!
    pitchoune 20 mois aime bcp sa petite soeur (bisous calins donne jeux et livres, chante, souri…) de 3 mois mais parfois frappe aussi (qd elle pleure ou pour rien)…jalousie qui arrive? agressivité des 2 ans??
    après qq lectures du net et papotages, explications (et punition) au pitchoune, à priori il a compris qu’on ne tapait pas…de là à ne pas le refaire…je guette!
    en action: faire des bisous qd il a tapé, un pouf qu’on a le droit de taper (et que là! ou avec un marteau en mousse sur les meubles mais c’est qd même moins bien!) et un dessin de maman avec un coeur grand comme ça avec une place pour tous (càd: elle, papa, pitchoune, pitchounette, papi, mamie…), et du temps du temps ensemble pour jouer, porter, cuisiner, marcher…!et féliciter et remercier qd il joue bien tout seul!!
    j’essaie de trouver des livres adaptés … pas simple j’aime bcp les catherine dolto mais pour un peu plus grand (bcp de texte encore)
    et vive les familles nombreuses! (pour l’instant 2 chez nous mais on n’a pas l’intention de s’arrêter là même si certains jours ça suffirai bien!)

    Aimé par 1 personne

    • merci 🙂 tu sais ici ils se tapaient deja à 6 mois donc ce n’est pas une agressivité particuliere, plus un mode de langage parmi d’autres et puis en l’occurrence plus facile à mettre en place que « pardon pourrais tu me laisser ton jouet » ^^ Mais comme pour la morsure, continuer à indiquer que ce n’est pas acceptable et que d’autres moyens existent… en tout cas ca porte bien ses fruits, ils ne se tapent que très rarement maintenant. Il y a des phases de regression mais c’est normal, je regarde dans l’ensemble et je n’apprehende pas l’avenir.

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  2. et je crois que je vais sortir mes cartes de CNV même si c’est pour plus grand! petits bonhommes expressifs content/triste/colère…ou sinon on les dessine!
    à essayer aussi la sophro, le papier à chiffoner et à lancer…

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  3. Alors je ne sais pas si ça va te rassurer mais le « Oh ce sont des jumeaux » on l’entend encore et toujours (mes grands ont 5 ans…) Comme toi je ne les ai jamais considérés comme des jumeaux mais comme deux p’tits gars qui ont le même age. 2 frères. Ils sont très différents. Et en même temps avec du recul je dois bien m’avouer aujourd’hui, que bien que différents (et différenciés et reconnus pour ce qu’ils sont personnellement) leur relation est unique et différente d’une relation fraternelle. Il y a un truc en plus. Quelque chose d’unique un lien qu’il faut bien que j’accepte de nommer gémellité! Ce qui ne les empêchent pas d’être aussi très proches de leur petit frère (2 ans et demi entre les ainés et le dernier)
    Au final, nous avons une belle fratrie de 3 garçons avec un duo un peu particulier.
    En tout cas quand je les vois je me dis que le plus beau cadeau qu’on pouvait leur faire c’était de les avoir eu à 2 (même si on n’a pas choisi!) et si j’ai eu un moment des questions quant à la place du troisième dans ce duo, aujourd’hui je suis tout à fait rassurée quant à la capacité de mon petit dernier à trouver sa place dans la fratrie et notre famille!!

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    • Merci pour le témoignage ! Non ça ne me rassure pas mais je m’y fais 🙂 Je m’evite non pas la qualification de leur lien, mais plutot une forme de fascination inutile. Ils me fascinent indépendamment des critères génétiques similaires, disons ^^ Mais effectivement BB3 est une interrogation plus grande que s’ils avaient un an d’écart,

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