Les parents français ne sont pas parfaits …

Comme je vous l’ai déjà raconté,  je participe régulièrement à l’écriture d’articles pour le Centre des Mamans en Serbie qui vient en aide aux parents et les aident à évoluer dans leur cheminement. On m’a proposé d’écrire cette fois-ci en réponse au livre best seller de Pamela Druckerman,  » Bébé made in France » et de donner ma vision de l’éducation à la française. Bon il y aurait énoooormement de choses à dire et surtout quand on n’adhère pas du tout au modèle établi et utilisé par 90% des parents. J’ai donc noirci le trait de manière à rendre les choses moins bucoliques et à montrer une forme de réalité. Ce n’est évidemment qu’une forme, parmi d’autres. Mais finalement Mme Druckerman a fait la même chose. Elle a livré qu’une partie du puzzle.

Lien si vous parlez serbe (oui je garde espoir ^^)

Traduction (parce que je suis gentille)

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St Quentin en Yvelines, périphérie parisienne. 6:30.

Nathalie doit lever les enfants. Elle est déjà en retard. Daniel va à l’école et Isabelle chez une dame qui la garde et l’emmène à la maternelle ensuite. Dessin animé idiot, biberon de lait choco. Faut que ça aille vite. Il ne faut pas perdre de temps. Nathalie n’a pas de mari. Elle est séparée… comme un couple sur deux à Paris.
Hiver froid et moche. La nuit. Nathalie marche dans la rue avec les enfants. Y a pas de bus. Ils sont en grève. Des gamins ont brûlé les arrêts de bus. Depuis Nathalie va à pied.
L’école vient juste d’ouvrir. La directrice gueule déjà sur une maman. Son fils a été tabassé hier ? et alors ? elle ne peut pas faire attention à tout ! Il n’y a pas assez de professeur pour faire attention à autant d’enfants. Elle n’a qu’à apprendre à son fils à se défendre.
Daniel n’a pas envie d’y aller. Il est un enfant intelligent mais dans la classe il est noyé avec les 35 autres élèves. Il n’arrive pas à trouver sa place. Personne ne l’écoute. Il a été puni hier car il voulait aller aux toilettes. Il n’est plus motivé mais il est obligé. Nathalie lui montre l’entrée.
Puis se remet à courir.
Isabelle déteste la dame qui crie tout le temps. Elle en garde 4 et ils regardent la télé toute la journée. Nathalie non plus ne l’aime pas mais elle était la seule disponible. Elle lui donne la moitié de son salaire mais n’a pas le choix. Celles qui valent quelque chose n’ont jamais de place libre. Elle emmènera Isabelle dans une petite maternelle vieillotte, avec beaucoup trop d’enfants dedans… mais il faut. C’est comme ça. Nathalie rêvait de rester à la maison s’occuper de ses enfants mais comment ? Elle toucherait à peine 900 euros quand son loyer est de 800 euros. Elle aurait pu rester 3 ans, ce n’est pas rien, mais ils parlent maintenant de ramener ça à 18 mois. Pour que les hommes puissent aussi rester à la maison avec les enfants ! Egalité des sexes ! Nathalie ne connaît aucun homme qui veut rester à la maison… Ils gagnent tous plus que les mamans en France !Elle attend son RER. 1h 30. Elle pousse les gens. Personne ne lui laisse la place. Le train pue. Tout le monde a l’air tellement fatigué. Au moins il est à l’heure. Au moins il marche. D’habitude ils sont en grève. La semaine dernière il ne marchait pas car des feuilles sont tombées sur les voies. Ils n’ont pas pu nettoyer. 2 jours d’arrêt à cause des feuilles d’automne !Elle se demande pourquoi elle va travailler… Ah oui parce que sans travail, t’es rien. Si tu trouves quelque chose, n’importe quoi, tu dois travailler, même le dimanche. Tu peux plus refuser. Surtout si t’es une femme, surtout si t’es une mère seule.

Nathalie rentre à la maison avec les enfants vers 20h. Ils mangent des pâtes au ketchup. Elle n’a pas le courage de cuisiner. Elle est vidée et ça, au moins, les enfants le mangent. Ils ne pleurnichent pas. Le pire moment de la journée l’attend. Les enfants épuisés. Les pleurs. Les cris. Le premier ne veut pas manger, le second ne veut pas aller à la douche. Ca insulte, ça hurle. Daniel la frappe déjà. Isabelle mord. Elle est tellement fatiguée de tout ça. Elle frappe, elle aussi; Pour montrer qui est le chef. Elle ne dirige pas sa propre vie, mais au moins elle a un contrôle sur eux. Elle se demande parfois si c’est bien, mais tout le monde la complimente sur ses enfants, si sages, si bien élevés. Alors elle continue. Punition après punition. Fessée après fessée. Elle déteste surtout quand elle doit hurler.
Elle s’endormira devant la télé. Une émission idiote. Super Nanny. Comment éduquer ses enfants en gardant le contrôle. Ecrire les règles sur le mur et ensuite, punir. Elle a déjà essayé, ca marche pas, chez elle. Elle n’a jamais trouvé une autre solution. Et tout le monde fait comme ça. Il y a bien une maman, à l’école qui lui a parlé qu’elle ne frappait pas ses gamins. Nathalie sourit. Elle verra dans quelques années. Elle y viendra aussi.
Ca c’est la France. Ce sont les parents français. Jamais assez d’argent. Jamais assez de travail. La jeunesse devant la barre d’HLM toute la journée qui ne sait pas quoi faire d’elle même. Ils fument toute la journée. Nathalie n’a pas envie que ses gamins passent leurs journées comme ça. C’est pour ça qu’elle crie, qu’elle frappe. Par peur.
La France est comme une vieille femme qui porte encore son manteau de fourrure et sa bijouterie en or. Ca parait beau. « Le pays de l’Amour ». ahah ! Ca fait longtemps que les français ne se baladent plus avec des bérets et des baguettes sous l’bras au son de l’accordéon. Le frigo d’la vieille femme est bien vide.

Nathalie est une maman française de base. Comme 9 femmes sur 10. Il n’y a pas « d’éducation à la française ». Car la France n’a plus le temps de réfléchir aux parents, aux enfants, à la famille. La jeunesse n’est plus au centre des soucis du pays. Ni la famille. Ni les mamans. Je me suis longtemps demandée où partait l’argent s’il ne va pas aux enfants, à l’avenir ? Mais en fait, je pense que la France est devenue comme son symbole, un joli petit coq qui chante bien, même quand il a les pattes dans la boue jusqu’aux genoux.
87% des français sont contre la loi interdisant la fessée, 82% des parents battent leurs enfants une fois par semaine, 65% presque tous les jours, 45% pensent que la fessée est nécessaire pour apprendre le respect à l’enfant (TNS Sofres, 2009).
Dans la rue, je n’ai pas le droit de frapper un animal.
Ni mon mari, ni ma mère, ni mon frère. Aucun autre être humain. C’est un délit. Je peux aller en prison. La seule et unique personne que j’ai le droit de frapper dans la rue… c’est mon propre enfant.

Pamela Druckerman dans son roman s’extasie devant les parents français, car les enfants sont calmes et sages, bien élevés. Ils écoutent, ils mangent proprement, ils jouent seuls au parc. Ses impressions sont exposées sur de nombreux sites et portails américains comme européens. Et les parents qui lisent cela pensent très certainement que tout nous est facile. Quelle erreur.

Chère Pamela, malheureusement, les beaux quartiers parisiens ne sont pas la France. Les parents que vous décrivez ne sont pas ceux que je connais. Vous posez vous la question si ces enfants, si sages et si calmes sont heureux ?
Le plus important n’est pas leur comportement. Demandez vous comment va une mère de famille française, qui se bat tous les jours pour trouver du travail, pour ne pas être lésée d’être une femme seule, qui doit se nourrir seule, et qui n’a même pas le temps de se consacrer à ses enfants. Comment, elle, élève ses enfants ? Comment, sans user de fessée et de cris ? Elle n’a même pas le temps de parler avec eux. Elle est tellement épuisée qu’elle n’a même pas le temps de se parler à elle même. Mais ce n’est pas de sa faute. C’est la faute de ce pays, qui ne s’occupe ni d’elle, ni de sa famille.

Est-ce que, chère Pamela, vous pouvez toujours vous en extasier ? Parce que moi, qui suis mère, qui voit des enfants morts sous les coups, je ne m’extasie vraiment pas de ça, de ces enfants trop sages. Bien sur, parce que je suis d’origine serbe, je sais qu’il existe des situations encore pires mais je me devais de vous le dire, à vous et à tous ceux qui prennent des paillettes ordinaires pour des étoiles dans le ciel, ne vivez pas dans l’erreur. Les parents français ne sont pas parfaits… et ils ont besoin d’aide.

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4 réflexions sur “Les parents français ne sont pas parfaits …

  1. Waouh ! Ton texte est d’une telle intensité.
    Oui les parents français ne sont pas parfaits, ils sont souvent démunis face a une société qui n’est plus au goût de la famille mais plus sur basé sur la réussite et l’argent.

    Aimé par 1 personne

  2. Je trouve ce texte trop exagéré, il est loin de la vie de la majorité des familles ou en tout cas celles que je crois connaître..
    Et puis l’enfant puni pour avoir voulu aller aux wc, c’est irréel… Au pire on lui demandera d’attendre !! La nounou qui les met la journée devant la télé, j’ose croire que c’est une minorité !
    Maman de trois enfants, jamais frappés, écoutés, respecté, qui seront en ief, dans la campagne Normande

    !

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    • J’ai bien précisé dans l’introduction « J’ai donc noirci le trait de manière à rendre les choses moins bucoliques et à montrer une forme de réalité. Ce n’est évidemment qu’une forme, parmi d’autres. »…. Ca s’appuie malheureusement sur des exemples réels, et courants, constatés dans les très nombreuses conversations que je peux avoir avec les parents… Malheureusement entre ce que nous aimerions croire et la réalité il y a une grande marge. Et les chiffres parlent d’eux mêmes :/

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