Maman de jumeaux ou l’art de choisir.

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Dans ma vie, j’ai entendu des phrases assassines. Des mots d’amour. Des blagues pourries et de merveilleux compliments. Certains sont gravés dans ma mémoire, certains sont à oublier. Mais il y en a une. Une qui se détache de tout le reste. Une qui est hors sentiment, hors temps, hors vie. « Ah oui mais là… y en a deux ». Ce à quoi j’ai répondu un élégant « vous plaisantez ?? » et Cheri un tout masculin « faut changer la voiture »….

L’art de choisir. Les lits, les pyjamas, les sièges auto, les jouets, les prénoms….
Mais surtout (surtout surtout) « est ce que je vais réussir à choisir entre les deux ? ». Prendre celui qui pleure puis prendre l’autre, qui pleure aussi. Allaiter celui qui a faim, puis allaiter celui qui a faim aussi finalement. Pouvoir en aimer un et l’autre aussi. Jouer avec l’un et jouer avec l’autre. Aller se balader avec l’un et pas l’autre. En embrasser un, puis embrasser l’autre. Apprendre à l’un puis à l’autre. Et s’il ne reste plus qu’un seul gâteau ? Coupez en deux. Et plus qu’une couche ? … dommage.

Symétriquement. Ne jamais en flouer un au profit de l’autre. Etre égale. Etre double. Etre parfaite….. La Blague ! Etre Robin des Bois !

Parce qu’au fil du temps (quand les hormones partent et qu’on se met à réfléchir pour de vrai), les aimer, les aimer vraiment tous les deux, pour ce qu’ils sont de leur odeur à leurs petits doigts de pieds, ça n’est absolument pas choisir. Bien au contraire.

Choisir déjà c’est impossible. C’est un chemin perdu d’avance. J’ai bien un brave monsieur qui dans un magasin m’a demandé  » et s’il y a le feu, vous sauvez lequel » (OH OH OH). C’est même carrément négatif. D’abord ça te bouffe une mère de l’intérieur. Mais surtout depuis quand doit-on choisir pour eux ?? 

A la maman de jumeaux qui s’inquiète à qui donner le dernier gâteau, je dirais « et si tu t’inquiétais de savoir QUI veut un gâteau ? ». Un enfant sait ce qu’il veut. Il sait ce qu’il a à découvrir, ce qui l’intéresse, ce vers quoi il doit aller. Ca peut être fortement influencé par le choix de frère/soeur. Mais finalement c’est ça qui est le centre du problème du couple gémellaire. Comment faire pour que chacun de mes 2 petits bonhommes devienne 1 homme. Avec sa personnalité, ses goûts, ses choix. Qu’ils puissent me dire « moi je veux jouer et lui il veut lire ». Et que chacun trouve la propre expression de ses sentiments, de ses envies. Je n’ai pas à choisir ou à décider pour eux. J’ai à leur apprendre à le faire. Leur faire découvrir l’art de choisir et donc l’art de décider. (ouh ! ca tremble dans les chaumières là, un enfant qui décide ! sacrilège !)

Dans le choix, se trouve l’autonomie. Pourquoi auraient-ils faim au même moment ? Peuvent-ils avoir à disposition certains aliments et décider quand venir en prendre ? Dans le choix, il a la responsabilité, l’individualité, la liberté aussi. Plein de notions en -té qui ne sont pas du tout faciles à appréhender quand on est un petit minot de 18 mois. Mais ça s’apprend. Il ne suffit pas de leur répéter « laisse ton frère tranquille » ou « tu n’es pas comme ton frère ».  Il faut rendre la notion visible. 

Reggio aide énormément dans cette voie. L’enfant qui vadrouille dans la pièce pour trouver les matériaux dont il a besoin pour construire sa fusée mégasonique qui tire des balles en mousse verte parce qu’en vrai elle fait aussi grille pain, il voit très bien que la fusée de son frère est différente. Il voit bien que son frère a choisi des balles bleues. Et que sa fusée fait micro-ondes. Le choix devient de l’ordre du visible. Et ce que l’enfant voit, il l’intègre. Toutes les mamans qui font de l’IEF (instruction en famille) le savent. Chaque enfant n’apprend vraiment que ce qui l’intéresse. Alors pour moi, le défi c’est de réussir à leur apprendre à s’intéresser à quelque chose. Seuls.

Un exemple qui parlera à toute maman : un super tshirt au rayon baby ( parce que tu ne mets pas encore les pieds au rayon « boy » ça t’angoisse). T’as le choix. Entre en acheter 2 identiques. Ou un super tshirt et un moins bien. Et devoir choisir à qui tu vas donner celui qui te plait le plus. (Certaines font des rotations de fringues… ^^). Bah moi j’ai choisi l’option « lâcher de biboux qui choisissent eux-mêmes leur tshirt ». Et peut être qu’aucun ne prendra celui qui me plaît à moi. Et finalement, je le leur souhaite, du fond du coeur. Parce qu’aimer, pour moi, c’est ça. Repartir sans mon tshirt préféré, mais avec 2 enfants fiers de leurs trouvailles. Fiers d’être eux mêmes. Fiers d’être deux.


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2 réflexions sur “Maman de jumeaux ou l’art de choisir.

  1. Merci!! Merci pour eux. Je suis jumelle, n’ayant pas eu beaucoup de choix notamment vestimentaire jusqu’à un âge avancé… Je pense que ça influence ma difficulté à en faire maintenant. En mal d’identité et de confiance aujourd’hui.
    Je vous souhaite beaucoup de succès dans cette démarche 🙂

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    • c’est un tres agreable commentaire que le votre car ca m’encourage pour mes garçons… je crois que petit à petit les choses bougent et qu’on arretera de penser que les habiller pareil « c’est mignon » … une fois de temps en temps, c’est amusant ,mais je reste persuadée que c’est nefaste à la longue et tenter la symetrie, l’egalité ca l’est encore plus car nous ne sommes plus du tout dans l’ecoute individuelle et c’est tres dommage. Merci encore kirjiah

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